En Atelier              

  Par Marc REMY                                  

                   

L’initié, un automate…
aveugle et paralytique ?

Dans notre rituel, les forces s’appliquent avec justesse pour
que l’initié se meuve…s’émeuve, agrégation de règles qui
permet au vol… de se déployer.

 

 



Dans la pratique du rituel, le symbole de l’aveuglement est couramment évoqué ; les yeux sont parfois recouverts d’un bandeau, les apprentis placés au septentrion pour ne pas être trop exposés, car les mystères ne se découvrent que progressivement. Quand ce n’est pas la lecture qui est difficile, c’est la lutte contre l’aveuglement aux préjugés qui reste constante. Quant à la marche, quelque en soit le niveau, elle ne semble fonctionner qu’artificiellement tellement les diverses cadences sont parfois asymétriques ou amplifiées. A bien des égards, le parcours semble s’inspirer des handicaps pour mimer les balbutiements de la démarche initiatique. Un chemin difficile où les chutes seront nombreuses, en équilibre précaire sur le fil conducteur de notre initiation.

 

Un marcheur… une équerre

La clef de voûte de notre apprentissage est constituée par l’angle d’une équerre (1) qui soude et noue les fils des forces contraires, de chacune des parties, une part en blanc et l’autre en noir. Ce combat ritualisé est un procédé pour faire apparaître et comprendre le métabolisme des affects dont nous sommes porteurs, sans en être initiateurs. Faire les choix que la situation voudra bien nous faire apparaître. Un libre arbitre factice pour cet être qui se croit volontaire, disponible pour ressentir dans la manifestation implicite de sa conscience, un duel combat dans de fausses évidences. Volonté ?

Compléments circonstanciels… de lieu et temps

Dans le flux des évènements, assumant plus ou moins habilement les déterminismes de notre réel, ces circonstances ouvrent-elles une clairière, un dévoilement ? Les yeux ouverts dans le noir, la plupart d’entre nous dirons ne rien voir. Mais le noir est pourtant bien perçu par les yeux, voir ce qui semble absent à la vue ; il ne s’agit plus de voir mais de percevoir ce qui est tellement implicite et que l’on ne l’aperçoit plus. N’en est il pas de même pour la conscience, dans l’automatisme de nos pensées ? Aveuglés par nos affects ne percevons-nous pas la réalité implicite, seulement par ce qui nous tombe sous le sens affectif de nos circonstances ?

Des circonstances… aveugle et paralytique

Notre pensée, comme pour la perception du noir, ne perçoit pas le système dans lequel nous sommes inclus, l’être de la matière. Nous croyons être, mais cette capacité que nous nous octroyons n’est pas un acte volontaire de notre part. Car si nous sommes, en tant qu’être organisé dans le système, c’est pour recevoir, et avoir de la disponibilité à percevoir. Une disposition pour affronter et faire face, au visage du tout de cette réalité. Regarder le visage du réel, de la volonté qui porte la matière dans laquelle nous sommes induits. Ressentir pour percevoir maladroitement, comme un aveugle ou un paralytique dont les handicaps seront les alternatives pour découvrir, au delà de ce qui tombe sous le sens, pour se questionner : comment regarder autrement, comment se déplacer différemment, comment se déconvertir du pied de la lettre de la réalité. Voir est ce qui est refusé à l’aveugle, pour percevoir ce qui aveugle la vision et permet de comprendre (l’entente, tendre vers) en voyant autrement. Se déplacer en altérant la marche permet d’entrevoir cette fonction autrement que pour se mouvoir, mais comme réceptacle des motifs aux multiples localisations qui dans l’espace offrent (don) des points de vue différents qui nous dévoilent la perception du réel pour commenter et dépasser ces apparitions. L’aveugle et le paralytique, pourront se déployer dans de nouveaux horizons.

(1) Rituel d’installation

 Equerre : symbole  de rigoureuse équité et de constante conciliation entre les oppositions nécessaires  et fécondes

Les côtés de l’équerre, un aveugle… un paralytique

Zone de Texte:  L’équerre, en soi, constituée de ces deux handicaps, outils de mesure et d’ajustement reste pourtant statique et ne peut être utile qu’en étant placée contre. Il nous faudrait donc déjà connaître son utilisation avant d’avoir pu en comprendre son application ? 

L’initiation n’est pas une révélation. Ce qui est initié c’est l’expérimentation en nous même d’un système, dont les forces parfois contraires sont de l’ordre du complémentaire et c’est cette parabole que nous devons ressentir. En évoluant à l’aplomb d’un horizon organisé par la course du soleil, le nouveau frère, le bandeau sur les yeux, effectuera sur lui même, dans les premiers voyages en déséquilibre, porté par la carrière de ses premiers vols, les investigations dans le cycle des voyages pour tisser avec inspiration les  exigences d’une nouvelle construction.

 
Un terrain à bâtir…
Un angle, un temple, trois fenêtres, un arc solaire

Dans la suite de cet exposé, le parcours de l’apprenti sera mené par analogie avec celui d’un vol de boomerang (*), un descriptif d’un système qui concilie et agrège un ensemble de forces comme ce qui, dans le parcours du rituel, constitue une agrégation de symboles.

(*) A partir d’un article de Jacques Thomas expliquant le vol avec retour du boomerang

- Sciences et vie, n°777 -

L’équerre… une couronne

Dans la lumière comme dans le souffle du rituel, le frère est projeté dans ce flux. Cette équerre lors de ses voyages occupera successivement diverses positions dans son parcours (Figure 2).

Par sa rotation rapide cette équerre tournoyant sur elle-même forme une couronne pouvant être assimilée à un disque. (Figure 3).

Couronne qui tourne dans le souffle, autour d’un axe, fil conducteur d’un chemin qui  ne peut se maintenir que si l’équerre est en rotation. De quelle taille est ce centre caché, cet axe autour duquel la matière s’organise ? Celle d’un quark, phénomène corpusculaire et ondulatoire, questionnement qui mène vers le transcendant ? (Cf. les Derviches tourneurs)

Quelle part hypnotique y a t il dans l’ivresse de la rotation, dans la recherche (Eros) d'une nécessaire illusion (palliatif) qui forme une figure, une identité ?

Dans un flux

En aérodynamique nous savons qu’une surface tend toujours à se placer perpendiculairement à la direction d’un flux si elle forme un angle avec lui. Cela peut être induit par un fluide qui se déplace ou au mouvement de déplacement d’une surface dans un flux. Le Flux Relatif exerce une force dite de poussée. Supposons que cette surface soit un cercle (qui n’est pas en rotation), légèrement incliné, et en déplacement horizontal ; il s’oriente sur l’avant vers le haut jusqu'à se placer ainsi perpendiculairement au flux relatif.

Une zone de surpression se crée sous le disque et une zone de dépression fait aspiration au dessus. L’ensemble des forces exercées sur la surface peut être représentée en une Résultante sensiblement perpendiculaire au plan du cercle. Elle est proportionnelle à l’incidence de l’angle d’attaque a (Fig 4).

Fragments d’Héraclite

 12. A ceux qui descendent dans les mêmes fleuves surviennent toujours d’autres et d’autres eaux.

 91. On ne peut pas descendre deux fois dans le même fleuve.

 10. Joignez ce qui est complet et ce qui ne l’est pas, ce qui concorde et ce qui discorde, ce qui est en harmonie et en désaccord ; de toutes choses une et d’une, toutes choses

Un fleuve

Le flux est un fleuve où le voyage est à effectuer en remontant le courant, dans les méandres d'un labyrinthe fluide. S'impose à nous la présence de la matière dans laquelle nous sommes inscrits, le fleuve, l'onde du temps qui porte la matière, et qui ne reste jamais " le même ". S'impose aussi la présence de l'autre,     " fere alter " envers lequel nous développons des forces réactives. Résultantes qu'il nous faut décrypter en remontant en soi-même, comme dans le flux collectif des turbulences.


Un moment… de Gravité

Cette force Résultante peut être décomposée (polygone de forces) en une force de Portance qui résiste à la chute et une Turbulence qui résiste à l’avancement
(Figure 5).

Lorsque que le déplacement s’effectue à faible incidence jusqu’à 15° de l’horizontal, la valeur de la Turbulence est peu élevée par rapport à la Portance. Du fait de la dissymétrie de l’écoulement des filets d’air, la Résultante se situe légèrement en avant du centre de gravité du disque.



Ce décalage vers l’avant de la force de Portance par rapport à la force de gravité est à l’origine d’un moment de force (mf) (Figure 6) qui amène le cercle jusqu’à ce qu’il soit perpendiculaire au Flux Relatif si aucune condition ne s'établit conjointement pour limiter cette tendance. Lorsque le cercle tourne sur lui-même, par exemple comme un disque de frisbee (Figure 3), il pourra se maintenir en condition d'équilibre à une incidence autour de 15°.

Un moment… d'exaltation

Les Résultantes que nous entretenons avec le Monde, se décomposent  en forces de portance et forces d’attraction terrestre. Notre Personnalité s’y caractérise entre ce qui inspire (poieîn) et ce qui attire (attraction). Parfois cette ambivalence, en équilibre, forme une ascension… vers le spirituel ? Cela peut-il aussi se transformer en exaltation mystique ?

Rectifier le profil

Arrondir les arrêtes, en dégrossir l’épaisseur…adaptation de l’expérience de l’apprenti qui dans sa vie saura rectifier toutes les arrêtes, aux contours de ses motivations (Figure 7-8).

Des expériences en soufflerie (phénomènes des flux) ont montré qu’une surface bombée sur le profil du dessus avait un bien meilleur rapport Portance/Turbulence qu’une surface plane. Dans un flux d’air à écoulement régulier la courbure de l’extrados oblige les molécules d’air à effectuer dans le même laps de temps, un parcours plus long que celui des molécules longeant l’intrados plat. De fait elles augmentent leur vitesse et la différence entre les pressions qui s’exercent à l’extrados et à l’intrados constitue une dépression sur l’extrados qui amorce la Portance tandis que la résistance de la Turbulence diminue. Par succession d’adaptations, on est arrivé au profil idéal de l’aile d’avion qui développe une force de Portance avec une incidence nulle et donc sans Turbulences.

Passer de la pierre brute à la pierre taillée

La transformation du profil c’est transformer la Résultante, dans une nouvelle décomposition des forces (polygone de force) d’une part en une force de Portance et d’autre part en une nouvelle force d’incitation à aller de l’avant
av (Figure 9).

Profiler… les côtés

Pour profiler  un disque qui est, la projection de notre équerre en rotation, nous devrons profiler les cotés de notre équerre. En appliquant à chacun des côtés (de nos handicaps), un profil en forme d’aile d’avion (Figure 10) chacun d’entre eux, développera la portance nécessaire pour maintenir l’équerre tournoyante en vol.

 


L’autorotation… une incitation

Lors des essais en soufflerie on observe que la Résultante est légèrement positionnée en avant de la perpendiculaire au plan et se décompose donc en une force de Portance et une force d’incitation à l’avancement (ar=av Figure 9) qui se traduit par un mécanisme d’autorotation sur chacun des côtés de l’équerre qui constitue le disque en rotation. C’est cette petite force ar, qui entretiendra le mouvement tournoyant de l’équerre en vol (ar Figure 10).




Fragments d’Héraclite

 

115. La pensée se donne à elle-même son propre accroissement.

 

Un profil… l’auto initiation

Le profil aérodynamique de chacun des côtés de notre équerre amplifie le mouvement tournoyant de l’équerre, en un cercle d’auto-initiation, qui accentue le mouvement (ascensionnel). Ce moment de force de rotation ne se produira que si le lancer initial de l’équerre s’effectue avec la force de se consacrer à l’étude et au travail, (observer les phénomènes).  

Toutefois l’initié ne serait il pas tenté de se croire, comme le penseur qui s’attribue parfois trop de portance, force de volonté ? Alors que l’initiation ne serait que grâce à recevoir et devoir à accomplir ?

Effet Gyroscopique

Comme nous l'avons déjà évoqué, un disque en rotation sur lui-même bénéficiera d'une stabilité comme celle d'une toupie (Figure 3). C'est de l'effet gyroscopique dont il s'agit. Il se décompose en deux forces : l'une la fixité dans l'espace et l'autre la précession. La Précession se manifeste quand on applique au plan en rotation une force tendant à incliner son axe de rotation, comme par exemple sur une roue de vélo ; une précession s'établit toujours à 90° du plan de rotation, selon le sens de rotation et fait pivoter ce plan (vers la gauche Figure 11). La fixité est due à l'inertie qu'oppose la masse du mobile en rotation aux autres forces qui se cumulent en s'amplifiant, ce qui permet au système de se stabiliser, comme dans le cas d'un disque de frisbee ou des roues d'un vélo pour un cycliste, un état d'équilibre continu. 

 


A l’ordre d'apprenti… main en équerre, une aile

La propriété de stabilité dans l'espace permet aux forces élémentaires qui s'exercent en chaque point de notre équerre, de s'agréger lors de la rotation. C'est donc sur le plan du cercle balayé qu'il convient d'illustrer l'application des forces résultantes (Figure 13). Toutefois le côté de l'équerre, qui avance face au flux, développe par son vent vitesse plus de portance que celle qui recule par rapport au Flux Relatif (Fig 12).

Un ensemble de forces qui se composent en une Résultante globale, cumul de chacun des côtés (R et R), puis que je décompose en une force de Portance globale et en une force de dérive (fd) intérieure qui empêchent l'ensemble de tomber par gravité.
Mais la différence des intensités R et
R entre les côtés va créer une inclinaison de l'axe de rotation comme pour la roue de vélo (Figure 11). De ce fait la précession fera dévier de sa course rectiligne le plan de rotation de notre équerre sur son axe vertical.


Nombreux sont les déplacements réalisés en circulant lors des voyages, guidés par les rituels, par des forces symboliques. Petits et grands mystères qu’il nous faut acquérir par expérience afin de transformer la raison intellectuelle en motifs d’expériences. Poésie « Sur Réelle », qui sera l’indicateur d’une nouvelle direction que la force raison ne voyait pas. Précession initiatique, à perpendiculaire de notre intellect travailleur, pour découvrir la force cachée de notre existence.


Fragments d’Héraclite

 30. Ce monde-ci, le même pour tous les êtres, aucun des dieux ni des hommes ne l’a fait ; mais il a toujours été, et il est, et il sera un feu toujours vivant, s’allumant avec mesure et s’éteignant avec mesure.

 


Association de mystères, le système nous dépasse, les conditions d'équilibre sont maintenues, la fixité et la précession se jouent de l'individualité, le mécanisme s'applique dans le temps du temple et le rituel caractérise l'espace aux conditions à chaque fois renouvelées. Fil du chemin sur la chaîne du métier à tisser.

La précession...

Lorsqu'un gyroscope est constitué d'un élément simple comme un cylindre, en rotation dans un plan, lorsque ce plan est incliné, il y aura deux cas :

 

 1) Lorsqu'il est positionné verticalement sur l'axe gd (fig 14a) il suit le mouvement d'inclinaison de l'axe de rotation, l'axe ga du plan.

 

Fig 14b





2)
Mais lorsque son propre axe est confondu avec l'axe d'inclinaison du plan (1) en ga, pivotant sur cet axe commun, il y aura alors une force centrifuge, la précession, qui provoquera à son tour une rotation autour de l'axe vertical gd (2), vers la gauche dans le cas évoqué (fig 14b). 

 

 

 


… perpendiculaire

La Force permet de déployer les actions, d'assumer les charges d'un monde matériel en suivant une volonté infaillible. Elle est vecteur de réalisation, et se consacre à l'action dans une course pleine de rectitude (en ligne droite). Dans l'action de la création, dans l'initiative, c'est la précession, la sagesse du fou qui infléchit (rectifie) les décisions du roi dont la puissance aveuglée par l'ambition emporte tout ce qui s'oppose à son accomplissement. La précession gyroscopique, sur l'axe de la sagesse corrige en mesure ce que l'axe de la maîtrise croit construire en volonté.

De l’aveugle… au paralytique

Notre équerre est composée de deux côtés reliés par un angle. Lorsque la dépression aérodynamique de portance -Force-aveugle- du côté vertical entraîne, l'inclinaison de l'ensemble du plan de l'équerre tournoyante, le côté horizontal, la -Sagesse-paralytique- qui se trouve confondu avec l'axe d'inclinaison du plan en rotation, enclenchera une précession gyroscopique à la perpendiculaire du plan. Comme les deux côtés sont liés, c'est l'ensemble du plan en rotation (agrégation des forces) qui s'orientera dans cette nouvelle direction.

Le côté horizontal n'a pas uniquement un rôle de réaction gyroscopique car il participe à la portance générale. Le côté vertical se substituera progressivement en côté horizontal et enclenchera à son tour la précession gyroscopique. Parabole où à chaque tour, l'initié est aveugle OU paralytique (1).


(1) Si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tomberont tous deux (Mathieu 15,14 ; Luc 6,39)

Du deux… au trois

L’équerre au repos possède deux côtés, en rotation elle les sublime en trois côtés organisés autour de son centre de gravité.

Une équerre en rotation équivaut, en passant du deux au trois, à l’organisation de trois angles proches de 120°, et de trois côtés autour d’un centre de gravité.


Mutualité

La mutation continue de la force de portance en précession gyroscopique est l'illustration mécanique de la mutualité et de la complémentarité. Cette mutation de rôle s'effectue grâce à la liaison par le troisième côté de l'équerre, l'angle, et la Beauté de ce système fait que cette liaison assumera à son tour portance ou précession, nécessaire condition à l'équilibre du système aérodynamique.


Du complémentaire… à la bienveillance

Le troisième côté, la Beauté qui lie la Force et la Sagesse complète le système en articulant la portance et la précession dans un objectif commun. Il institue par solidarité, entre l'aveugle et le paralytique la mutuelle assistance et l'entraide fraternelle de la bienveillance. Une alter nuance révélée (Figure 16), qui dans le cycle intégrera tour à tour, Sagesse, Force et Beauté.

Paralytique… aveugle… et bienveillant

Du rectiligne… à la circonférence

Observons le parcours de cette équerre projetée en avant, compte tenu des forces qui s'y exercent, la direction (vue de dessus) du vol ne restera pas rectiligne mais entamera un arc de cercle qui restera constant. Le côté avançant de l'équerre lancée et tournoyante enclenche un inclinaison du plan, ce qui dans le temps, à chaque tour qu'effectuera l'équerre, cadencera la précession gyroscopique et infléchira d'un léger décalage vers la gauche la trajectoire. Une hélice qui, dans le flux aérodynamique, sculpte et se visse dans l'espace.



La moitié… d’une carrière (*)

A grande vitesse, en rotation rapide sur elle-même, l’équerre s’élance dans les airs en suivant une trajectoire qui semble rectiligne, son inertie stabilisant l’assiette. En fonction de la visse de rotation et de pénétration sur les côtés du cercle balayé, il en résulte une force aérodynamique agrégée dont la composante verticale, la portance, vient contrebalancer la pesanteur, tandis que la composante horizontale, force centripète de dérive attire la trajectoire vers la gauche. Avec une inclinaison, pourquoi pas de 33°, donnée au départ, la composante verticale compense exactement le poids de notre équerre, de sorte que l’appareil maintient sa course ascendante en fonction de la trajectoire de lancement par rapport à l’horizon et si la portance est supérieure à la masse de l’équerre, elle se visse littéralement dans l’air en amplifiant son ascendance Dans le même temps qu’elle amorce sa courbe, la différence des poussées entre la partie haute et la partie basse du cercle balayé crée un mouvement d’inclinaison de la partie haute du plan vers la gauche. Ceci induit un effet de précession gyroscopique à 90° en avant du plan responsable d’un changement de cap de la direction initiale du lancer, vecteur rectiligne. Sous cette action puissante en raison de la grande vitesse initiale, le plan de rotation tourne littéralement vers la gauche, et la cadence s’adapte à la force de dérive intérieure.

Au cours de la partie ascendante de la trajectoire, l’inclinaison se conjugue avec la réduction progressive de la vitesse et reste constante, si bien que la composante verticale de la portance demeure égale à la pesanteur. En outre, comme la force de dérive intérieure décline à mesure que la vitesse s’amenuise, le rayon de la trajectoire varie peu. La cadence elle-même n’est pas affectée par la décélération et reste adaptée à la courbe, car en même temps que la vitesse diminue, la différence entre les poussées latérales diminue et de ce fait l’inclinaison du plan du cercle balayé se rapproche de l’horizontal. Ainsi, l’inclinaison, la force centripète et la cadence évoluent conjointement avec la diminution progressive de la vitesse, pour se maintenir en proportion jusqu’au sommet de la trajectoire en portance et rayon.

L’équerre à son point d’ascendance maximum n’a pour le moment accompli que la moitié de son voyage. De quelle façon entamera-t-elle son retour ? A-t-elle encore suffisamment d’énergie emmagasinée pour accomplir la fin de son périple initiatique ?

L’Autre… d’une carrière

C’est alors que la pesanteur devient prépondérante, l’emportant sur la composante verticale de la portance. Une partie de l’énergie cinétique s’étant transformée en énergie potentielle, l’attraction gravitationnelle va jouer un rôle moteur. Entre le plan du cercle balayé et la tangente à la trajectoire il subsiste toujours un léger angle d’attaque et en conséquence, le centre de poussée se trouve légèrement situé en avant du centre de gravité (Figure 6). Alors apparaît un Autre effet de précession gyroscopique que je n’ai pas encore détaillé, mouvement de coucher de l’équerre pc (Figure 17).


L'incidence croît dans des proportions notables et accentue le moment de force mf de cabrage et par voie de conséquence, l'inclinaison provoquée par la précession pc augmente aussi de façon importante. Associé au mouvement d'auto rotation des côtés (profil aérodynamique), cela maintient une certaine valeur de la portance et ralentit la descente. La vitesse décroît, le plan de rotation tend de plus en plus à se coucher et la force de dérive intérieure entretient encore faiblement la courbure de la trajectoire Enfin la vitesse de translation ayant beaucoup décru au fur et à mesure que s'intensifiait l'inclinaison, ne subsiste que l'auto rotation stabilisatrice.

Nous sommes maintenant en fin de carrière : l'inclinaison est à l'horizontal, la vitesse de translation est devenue nulle, le phénomène d'auto rotation bat son plein. L'équerre ainsi stabilisée descend lentement en spirale autour de la verticale jusqu'au sol.

(*) A partir d’un article de Jacques Thomas expliquant le vol avec retour du boomerang

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Le vol d’une équerre… une chaîne d’union

A l’ordre… de l’apprenti

Il apparaît par la description du vol de l’équerre que celle-ci se conforme exactement au vol d’un boomerang (*). Dans l’explication du vol que je vous ai décrit il s’agit d’un boomerang pour droitier. Il se trouve que la position du lanceur correspond à celle de l’apprenti, pied gauche en avant, pied droit légèrement en arrière à l’équerre du pied gauche.

Avec sa main droite il lance le boomerang, qui effectuera son vol par la droite…du pavé de mosaïque et se trouvera à contrario du dextrorsum, sens dans lequel nous évoluons en loge. Si notre propre voyage s’effectue en dextrorsum dans nos déplacements c’est que nous sommes alors en tant qu’équerre, boomerang de gaucher. Hiram était-il gaucher ? Renversement des profils sur les côtés du boomerang de gaucher, le lancer qui s’effectuera à la gauche du pavé de mosaïque décrira un vol identique à celui décrit dans cet exposé mais en symétrie totale au descriptif exposé. Il vous faut pour l’imaginer regarder les figures dessinées dans un miroir.

Renversement des sens… nouvelle indication

Dans notre parcours initiatique, le symbolisme du temple ne nous rappelle-t-il pas, que pour bien observer il nous faut spéculer sur le visible, en regardant dans un miroir, au-delà des sens et non au pied de la lettre. Le cycle du vol complet du boomerang est  exprimé dans la chaîne d’union mais l’énergie qui y circule tourne-t-elle vers la droite ou vers la gauche ?

 

Fragments d’Héraclite

 18. Sans l’espérance, vous ne trouverez pas l’inespéré qui est introuvable et inaccessible

 




Du cercle… au volume

L’ensemble des positions tenues par le cercle tournoyant dans la succession des étapes dans notre parcours condensé dans un espace-temps plus concentré forme alors une sphère, chaîne d’union sur tous les plans de tous les instants.

 

Un outil sculptant… de la matière

De quelle matière s’agit il ? Le temple en construction, le temple intérieur du lanceur de l’équerre ? D’un point de vue relatif, lorsqu’un spectateur tourne autour d’une sculpture, l’œuvre réalisée, ne travaille-t-elle pas le spectateur qui effectue un vol rotatif autour de cette sculpture ?

La sculpture, sculpteur ? L’initié, une œuvre ou un ouvrier ? Un copeau d'or ?

 Marc REMY

(*) A partir d’un article de Jacques Thomas expliquant le vol avec retour du boomerang

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