En Atelier              

     Par Robert CAPLAIN     

                                                                                               


SANG ET LUMIÈRE

 

 


Un tel sujet ?

En fait, depuis mon initiation, je n’ai cessé d’être interpellé par ces deux éléments regroupant le réel, le concept et le symbole et qui peu à peu se sont rapprochés pour pratiquement fusionner. En outre, le sang et la lumière m’apparaissent très justement à leur place dans notre Loge.

 

 

Offrir son sang

Notre éponyme Francisco FERRER qui incarne, dans sa cyclicité, l’accomplissement inéluctable du Rite, n’a-t-il pas offert son sang et ne sommes-nous pas en ce moment même dans la Lumière qui a été et qui est toujours la sienne ?  Je vous préciserai d’emblée que c’est surtout la lumière que j’ai envie d’aborder avec vous ce soir et au premier degré qui plus est, ce qui ne simplifie pas, pour autant, ma tâche.

Le sang un médium

Le sang, traditionnellement associé aux ténèbres comme à la lumière, quant à lui, apparaît comme une espèce de truchement, voire de médium, offrant à la fragile condition humaine le sentiment que c’est le prix nécessaire qu’il convient de concéder à la Vérité ; Vérité, inséparable de la Lumière comme nous le savons ici.

Ténébreuse vérité

Cette synonymie entre Vérité et Lumière est d’ailleurs peut-être parfois devenue un truisme en Loge ; si cela est, je pense que c’est dommage car, à mon sens, aucune vérité n’est forcément banale. Alors, si des disciples de la lumière n’ont jamais inventé parfois que des ténèbres peu opaques, les mystères, qui eux sont très malins, demeurent cachés dans la lumière.

La lumière « du dedans »

Sur ce plan, nous avons un trait commun avec le profane, c’est que nous disons tous éteindre la lumière, en revanche seul le profane affirme qu’il parvient à l’allumer (vous conviendrez que c’est un surprenant pléonasme !).Les maçons, ont appris à  recevoir la Lumière et à la faire, donc, aussi, à la donner et notre premier enseignement nous amène à accepter de nous placer loin des réalités « du dehors ».

Œil…

Mes souvenirs d’études me rappellent que la lumière est constituée d’ondes électromagnétiques visibles par l’œil… Voilà une affirmation intéressante pour le maçon qu’on me reconnaît être…

De la lumière

Finalement, je cadrerai mon propos de la manière suivante :
j’avancerai de la lumière maçonnique, celle que nous aspirons à  percevoir nous-mêmes, ici, dans le cadre du temple et hors cadre de la loge, vers l’aspect profane en tentant de ne pas cloisonner maçons d’un côté et profanes de l’autre, car, à mon sens, la pire des choses serait de penser que nous sommes, à part, enveloppés dans notre terrible secret ; une espèce d’élite ou pire d’élus.

Le sang de la matière

Et le sang, me direz-vous ? assoiffés que nous sommes devant cette substance essentielle… car les hommes mentent lorsqu’ils affirment qu’ils ont horreur du sang. Le sang, laissez-moi vous dire qu’il est au cœur de la lumière et que ce symbole de vie et de mort (mais aussi de fraternité), nourrira le corps de mon petit exposé et recueillera, je le souhaite, comme c’est son rôle, les déchets de ce travail afin de les évacuer vers « les rapaces des champs » qui ne méritent pas mieux.


 

LA LUMIÈRE MAÇONNIQUE

 

Transmission par le sang

Dans notre Ordre, comme tant d’autres, la Lumière est liée à l’initiation et l’initiation suppose une transmission ; transmission d’une connaissance d’un initié à un impétrant. Ceci implique deux composantes indispensables :
            -         une connaissance à transmettre
            -         une méthode de transmission
La transmission correspond à l’accès à une connaissance par le passage des ténèbres à la lumière dont notre objectif est d’en chercher la nature et la réalité, au-delà du seul symbole.

Par le corps de la loge

En Loge, la lumière est rituellement triple pour n’être qu’une : les colonnettes symbolisent cette représentation ternaire : sagesse – force – beauté. Dans notre rituel, on va de la sagesse à la beauté, alors qu’on peut imaginer que la beauté représente l’émerveillement de l’enfance, la force, la construction de l’âge adulte et la sagesse, l’accompagnement de l’homme dans sa capacité à transmettre.

Dans une marche à l'envers

Ainsi, dans le Rite Écossais, on peut penser à une déconstruction inverse au déroulement de la vie, on retourne à l’origine, à l’essence de notre être, afin de s’élever, guidé par le déplacement dextrorsum qui nous fait partir de la Lumière pour y remonter.

Au pays du mystère

A l’instar d’Alice dans son pays, c’est en reculant d’abord qu’on avance ensuite.

Le  troisième Œil

La Lumière est représentée par le GADLU ; elle prend place entre le soleil et la lune qui constituent les yeux de l’Être cosmique dont le VM est le témoin. Cette lumière (delta + œil) je l’appellerai centrale, elle correspond, à mon sens, au 3ème œil mythologique de la connaissance et de la mystérieuse vacuité.

Passage > Hors/Dans

Cette lumière qui naît d’elle même c’est aussi celle du premier matin qui constitue l’œuvre de chaque jour sans cesse liée à une renaissance. Elle est son propre créateur, offrant à la volonté du Principe de se manifester. C’est le passage de l’incréé au créé qui produit du « plurivoque » et de multiples sens que nous devons explorer.

Par les trois fenêtres

Avant nos travaux, nous passons de la lumière profane, souvent insignifiante, à la pénombre, avant l’allumage des feux qui nous placent dans la lumière, celle qui éclaire les maçons que nous sommes. Ici, dans le temple, ce sont les trois fenêtres inscrites sur le tableau de Loge qui permettent la création d’une pénombre propice à la vision de la lumière.

TransPercer

Nous devrions, sans cesse, percer les ténèbres du temple avec la même application qui nous mène à tenter de percer les mystères ; d’où l’importance de ne pas escamoter l’entrée rituelle, avant l’allumage des feux. Il faut rendre le temps à la déliaison qui opère une transmutation du profane au sacré. Sinon, méfions-nous, il y a des lumières qu’on peut éteindre parfois en les plaçant, un peu trop rapidement, sur un chandelier.

La source

La lumière de l’orient est la source de toutes nos lumières en Loge, accessibles par les symboles et dont il convient de rassembler les rayons. Le VM, situé à l’orient devient alors le symbole de la lumière dont il est le gardien, avec, tel Janus, ses deux faces dont l’une, est inconnaissable et doit le rester, celle de l’au-delà.

Du vécu ?

Le Rite serait-il alors une espèce de transformateur en lumière ? 
En fait, il ne transforme que lui-même et certainement pas les individus ; tout au plus, il éclaire la tenue et ce n’est déjà pas si mal si on sait le percevoir ainsi. Le rite agit comme un catalyseur qui transforme la lumière de l’origine, issue de l’orient, en une lumière assimilable par tous, grâce aux symboles ; cette lumière est aussi contenue dans le verbe qui est créateur, ne l’oublions pas. C’est le rituel vécu qui seul peut transformer la vision que nous avons de la lumière.

Une fin en soi ?

La lumière qui nous éclaire et qui est partout, demeure, pour nous, l’origine et la fin. En fait, bien que nous ayons appris à la nommer, nous ne la voyons jamais, on ne perçoit que ce qu’elle nous permet de voir. Et ce qu’elle nous permet de voir en premier, lors de notre initiation, c’est la violence des lames et le sang d’un frère immolé. La lumière, dès lors devient transmutatrice, fécondant , par le sang, ce qu’elle a engendré.

La chair du monde

La lumière devient chair et la chair devient lumière. Nos regards peuvent-ils se tourner vers la lumière sans être aveuglés ni éblouis ?

Dissolution

Chez les égyptiens, la lumière est associée à ce qui est nécessairement utile (akh), n’y aurait-il pas là une injonction à s’attacher les frères qui sont passés à l’orient éternel et chez lesquels le VM puiserait l’essentiel de son rayonnement dans un confondement universel. L’esprit rejoint l’esprit, la chair rejoint la chair pour se dissoudre dans le sang purificateur qu’est la Lumière éternelle.

Dans le corps

Nous ne sommes plus alors dans le monde profane, l’Etre cosmique que représente la Loge nous place dans une dimension universelle, l’alchimie s’est enfin accomplie. La Lumière nous éclaire…

Hors champ

C’est alors que nous passons du hors cadre au cadre, c’est à dire d’une dimension extérieure, diffuse, à notre dimension intérieure, notre centre essentiel, intime feu qui nous anime ; du chaos à l’ordre comme le peintre qui engendre d’une touche l’immortalité du génie et qui fait apparaître ce que sans lui on ne saurait voir. Nous sommes, en fait, de l’autre côté du miroir ; nous avons dépassé la simple « réflexion ».

Naissance d'un meurtre

Si le sang anime nos cœurs, que cette lumière nous éclaire mes frères, nul doute que le noble projet maçonnique puisse parvenir au grand œuvre. Car le sang est bien présent dans nos degrés celui des victimes que nous représentons et celui des assassins dont nous faisons partie. Accordez-moi de ne pas aller au-delà.

« Heureux les fêlés, 

car ils laissent passer la lumière ».

Boutade qui appartient à Michel AUDIARD mais qui, finalement, contribue à nous rassurer, nous poussant à l’optimisme en nous renvoyant à nous-mêmes, réflexion de ce que nous sommes ; malgré notre démarche métaphysique (peut-être à cause d’elle), des pots de terre, fragiles qui parfois laissent entrevoir des fêlures.

 




 

SOUS L’ASPECT 

DE LA LUMIÈRE PROFANE

 

Par principe initiatique, le profane, lui, est immergé dans les ténèbres, c’est à mon sens plus habile que définitivement vrai. Ne parle-t-on pas de maçon sans tablier (ce qui relève, d’ailleurs, d’une invraisemblance notoire, ce n’est pas l’objet de ce soir ; mais encore, à ce titre, pourquoi ne pas envisager également des maçons profanes.…). 
Ceci me renvoie en écho la question essentielle posée par Jésus et relevée dans l’évangile selon Marc (chap. 3 - versets 31 à 35)

« qui sont mes frères ? ».

C’est en grande partie par le sang que le profane cherche et a cherché depuis la nuit des temps la voie qui pourra le mener à la Lumière, car le sang est une espèce d’étalon des valeurs métaphysiques. Il lui aura fallu, dans le même temps, trouver des termes pour désigner cette lumière qui illumine le très fond de son intuition. Alors, le verbe engendrera : « fiat lux ». La transmission se mit ainsi en marche.

Le trop fond

Je n’épargnerai pas les religions ou mieux, les religieux, lorsque je parle de sang, même aujourd’hui parmi les plus tolérantes, nous le savons tous. C’est comme chez nous, il y a la maçonnerie et les maçons. Le vieil homme ne quitte pas facilement ses guenilles profanes. Et puis « il est impossible d’apprécier correctement la Lumière sans connaître les ténèbres » disait Jean-Paul SARTRE.

Du sacrifice

C’est par le sang des sacrifices et dans le sang des cadavres que les sociétés fouillaient et farfouillaient. D’une certaine façon, elles continuent ainsi, même les plus évoluées ; l’actualité nous apporte quotidiennement son lot d’informations. De multiples dépressions spirituelles et existentielles originelles ont correspondu à des « questionnements » insatisfaits ou a des approximations spéculatives.

Réponses

Fort heureusement, à ceux qui sauront s’ouvrir, les grands courants de pensées viendront à temps proposer des réponses, leurs réponses, contre les dangers des égarements résultant d’angoisses essentielles. Des gourous aussi naîtront, souvent issus de la fange.

Du rôle du bouc émissaire

Pour le profane, le sang est un moyen de communiquer avec le sacré par l’intermédiaire d’une victime. Il permet, en l’absence de repères de venir à bout de la réalité mimétique entre les hommes, par un meurtre rituel et par la mort collective d’une « victime émissaire » chargée de tous les maux. Finalement, le sang s’offre comme un don aux esprits ou aux dieux afin de réduire la distance qui nous en sépare. Le processus sacrificiel s’impose en quelque sorte afin de réduire la séparation entre profane et sacré, ou encore pour favoriser le passage de l’un à l’autre.

Un établis

Les hommes aiment se faire croire qu’ils ont pour mission la recherche de méthodes à même de structurer une vie collective. Vivre ensemble, partager croyances et besoins, donner en commun du sens au destin ; c’est cette culture qui les caractérise. Tuer, c’est affirmer qu’il faut vivre et que l’on ne peut pas être vivant tout seul. Lorsqu’une société fait couler le sang, c’est généralement pour élever cette idée.

Un autel

« la terre est un autel immense où tout ce qui vit doit être immolé sans fin, sans mesure, sans relâche, jusqu’à la consommation des choses, jusqu’à l’extinction du mal, jusqu’à la mort de la mort » soutenait Joseph de Maistre dans « les soirées de Saint-Pétersbourg ».


Son corps

Ainsi, l’homme qui prend conscience de son inexorable fin, ressentira l’impérieuse nécessité de défier la mort et même d’accepter de s’offrir comme une monnaie d’échange en prenant le risque de triompher en héros ; je dis bien « le risque de triompher » et non celui de mourir ce qui apparaîtrait comme normal puisque la mort est inéluctable. Non, triompher est parfois plus pénible, car tout est à recommencer ici et maintenant, mais le triomphe est structurant.

Un Inconnu

Le héros doit se rendre compte que l’ombre existe afin de soulever le triomphe du Moi, pour cela il doit impérativement maîtriser et assimiler l’ombre en induisant ainsi la part de lumière qui l’habite. Il n’est pas de Victoire définitive tant qu’on n’a pas La réponse, celle qui nous appelle de sa voix intérieure et qui constitue notre véritable secret. La parole perdue, nous savons que nous ne pourrons pas la trouver ici-bas et cependant cette vérité ne nous empêche pas d’être en quête, car nous devons nous y préparer.




 

SOUS L’ASPECT DE LA BÊTE

L’Homme profane s’est alors créé, sinon toujours des rites, stricto sensu, mais des rituels innombrables. Dans la culture occidentale, l’un des plus intéressant est bien la corrida.

Blessures ouvertes

« A l’origine des rituels tauromachiques, il y a de grandes blessures qui ne parviennent pas à cicatriser. C’est pourquoi la corrida la plus insupportable, en fait, a souvent lieu en dehors des arènes et la plus dangereuse peut être celle à laquelle on ne participe pas. » (S. Casas)

Un Art...

Aujourd’hui, Sébastian CASTELLA,  est un authentique petit prince de l’arène, 
toujours en compétition entre le soleil et la lune. Maître de l’Art tauromachique, Maître de l’ « Art Loyal ».

Analogies nombreuses entre nos tenues et une course de taureaux qui pour moi est une authentique tenue profane que je qualifierai de « blanche ouverte »,  parfois au grand regret des aficionados. Rapidement je peux en énumérer cependant certaines qui offrent des rapports coïncidents évidents, qui ne me semblent pas inintéressants comme :

Le lieu et son architecture

particulière avec l’orientation des portes, le tapis de Loge de notre Temple et sur le sable, les tracés symboliques circulaires excentriques de l’arène, issus du centre qui matérialise l’axis mundi et qui sont naturellement effacés à la fin des travaux, la dédicace des travaux (el brindis), l’entrée et la sortie rituelles, le Président et ses deux officiers surveillants qui ont toute autorité, le septentrion et le midi (sol y sombra), la valeur du nombre « 3 » (les tercios, les trois toréros), la sagesse (représentée par l’épée de bois qui permet d’avérer la rigueur, l’élégance et la noblesse du geste accordé et en osmose avec celui du taureau « el temple ») et la force (représentée par celle en métal dite espada de verdad), la voûte céleste, la chaîne d’union (l’aficion), la planche (la faena), le Maître (celui qui connaît l’Art –toréro- et celui qui détient la force – matador), l’initiation (l’alternative, avec le parrain et son témoin, les mots secrets transmis à l’oreille, corps contre corps), l’apprenti ( le novillero), le compagnon, le vote des participants, le profond silence de l’assemblée,  aux moments opportuns qui fait vibrer les cœurs comme un vaste athanor recueille le profond des Etres, fusion du sang et de la Lumière.

Vibration d'une atmosphère

Qui na pas vécu le silence très habité, d’essence mystique de vingt mille participants à Nîmes ou à Madrid n’a jamais ressenti le poids de cette vibration organique, muette, authentiquement chargée d’une parfaite communion qui dépasse largement le domaine de l’attention soutenue. J’ajouterai aussi et pour terminer les analogies suivantes : la colonne d’harmonie aux moments solennels, et, bien entendu, les décors avec le fameux « traje de Luz » (habit de lumière) dans lequel officie le Maestro devenu androgyne.

Le souffle du corps

Car dans la corrida, dès l’entrée du taureau, l’homme exalte son anima ; il ne redeviendra lui-même qu’à la mort de la bête, lorsqu’il signera la victoire de la nature spirituelle. Le matador renaît pour retrouver son état premier. Sa mort symbolique est un passage vers notre propre renaissance ; nous le savons, c’est une initiation qui nous plonge au plus profond de l’identité originelle, entre le Moi et le Soi selon Jung.

Catharsis

De nos jours, y a-t-il encore des victimes sacrificielles pour nous sauver la peau ? Alors entre le sang et la Lumière, le corps cherche sa source afin d’abreuver l’âme. On pourrait, évidemment, aller bien plus loin encore et notamment dans le déroulement des travaux, en invoquant le dieu perse Mithra, ou encore le Minotaure et bien évidemment les rites Dionysiaques.

Un chemin

La vie est violente, l’homme aussi, nos mythes encore, la maçonnerie, elle-même contient sa propre violence. Accepter de s’être crée un cadre et de le respecter ; la morale pour certains qui se conjugue d’abord et surtout à la première personne, et les lois pour le plus grand nombre, donc aussi la politique, la Règle enfin pour quelques uns ; c’est ce que notre rituel nous révèle avant de nous proposer la Voie.

Ouvrier Orphelin

L’initié ne gomme pas la violence qui l’habite, il la reconnaît pour mieux l’apprivoiser et la maîtriser. En d’autres termes, il cherche à la soumettre. Être maçon, c’est être conscient ; être conscient que la lumière n’est jamais douce, pour celui qui tente de la regarder en face ; l’Amour est à ce prix. Finalement, nous vivons toute notre vie avec une veuve que le profane appelle la mort et nous finissons tous par l’épouser.

Méthodes

Le profane vit, le plus souvent, dans un temps artificiel dans lequel il refuse les aléas et la mort. En fait, on offre le sang des sacrifices et parfois son propre sang afin de magnifier et de sacraliser la nécessité de ritualiser la mort et d’y apporter un sens, aimant à se faire croire qu’il s’agit d’un début et non d’une fin. C’est alors que le profane est susceptible de se tourner, lui aussi, vers la Lumière.

Artisanales

Sur un plan à peine différent et en tout cas complémentaire, l’Art, en général, est reconnu pour offrir une voie lumineuse d’exploration. Il sollicite nos émotions et notre intuition, malgré des courants réactifs qui d’ailleurs ne sont pas dénués d’intérêt dans la mesure où ils illustrent que même devant le néant qu’offre parfois l’artiste au « secrètement perçu », l’homme parvient à combler certaines angoisses, en projetant dans la démarche de l’auteur et son oeuvre, une substance complexe d’innés, d’acquis, de rêves et de symboles. On réagit avec sa tête, avec ses tripes ou avec son cœur.

Vitrail

On n’hésite pas, sans nécessairement approfondir le sens, à parler de la mise en lumière d’une œuvre, à la qualifier de lumineuse. On reconnaît aux chefs-d’œuvre, surtout ceux qui sont à caractère initiatique comme les cathédrales, un rayonnement, mais fait-on toujours la différence entre l’œuvre qui reflète la lumière et celle qui la produit ?

Profondeurs

Dans les ténèbres qu’ils soient profanes ou sacrés, l’imagination travaille davantage qu’en pleine lumière, et c’est lorsque le profane a pleinement conscience des ténèbres qu’il est peut-être prêt à demander la lumière. Les ténèbres engendrent cette prise de conscience par la conversion du regard, de l’autre côté de l’œil, (l’œil, celui qui n’a pas de sourcils !), conversion vers notre petite lumière, notre veilleuse dirons certains, celle que nous avons tous et qui fait de chaque homme un initié de naissance sans nécessairement avoir conscience de l’être.

Rouges...

En Art, le style est ce que le sang offre au corps humain : il le développe, le nourrit, lui donne force, santé, durée et beauté, cependant transmettre le sang, n’est pas transmettre le génie.

Bleues...

L’obscurité qui caractérise les ténèbres se situe en tant qu’étape de la Création, c’est pour cette raison qu’il ne faut pas systématiquement opposer la lumière et les ténèbres, car cette opposition entraînerait une perception définitivement négative des ténèbres, ce qui serait, selon moi, une erreur. En fait, la manifestation de la lumière s’exprime par une dualité lumière/ténèbres, ces deux états se révèlent l’un l’autre. Il n’y a pas alors d’antagonisme entre eux, mais bien une complémentarité, comme le Yin et le Yang contiennent leur trace de complémentarité.

Jaunes...

Puisque, selon Hermès Trismégiste, le microcosme que nous sommes est une réduction du macrocosme et en tous points semblable, il est alors difficile d’admettre une différence fondamentale et principielle entre le profane et l’initié. C’est une question de parcours, d’interrogations et de doutes. Finalement le profane ignore qu’il est issu de la même Lumière que celle de l’initié ; c’est une question d’outils.

Une forge

Le profane est dans les ténèbres tant qu’il ignore cette vérité ou bien tant qu’il la réfute, tant qu’il n’a pas reçu ses outils ou tant qu’il ne se les ait pas forgés, alors que l’initié « outillé » s’appuie sur ce qu’il pense être un sens à sa vie. C’est en tout cas ce à quoi nous nous rattachons et ce n’est pas rien, car tout est dit ainsi.

Le rythme

Puisque nous sommes tout, rien de ce qui existe en ce monde n’est en dehors de nous. L’histoire entière du monde sommeille en chacun de nous, maçons ou profanes. Notre sang est issu de la même Lumière, l’un le sait, l’autre, dans le meilleur des cas, y pense, parfois même, doute ; tantôt il s’enveloppe de certitudes et de révélations, tantôt il s’en moque totalement ce qui ne l’empêche généralement pas, lui aussi, de vivre heureux, mais à son rythme.

Cependant, à mon sens, tout homme ayant réfléchi à son devenir, ne peut s’empêcher d’y adhérer…

Enclume et marteau

Le passage à la lumière infinie de l’Orient éternel n’est pas négociable. L’initiation finale est inéluctable, elle est souvent le terme d’une tension entre le rationnel et la métaphysique, c'est-à-dire selon moi entre deux outils essentiels : l’intelligence opérative si proche du sang et l’intelligence spéculative tournée vers la Lumière.

Se tremper

Je pense que le Maçon s’élève lorsqu’il sait demeurer humble et lucide, à niveau, sur les parvis, dans le dédale du labyrinthe qui est le sien. Comme notre sang, notre Lumière, celle que nous avons reçue, est fragile ; elle ne tient finalement qu’à peu de chose, à un fil, peut-être celui d’Ariane mais c’est déjà beaucoup pour trouver la sortie, petits Thésée que nous sommes confrontés au taureau qui nous habite.

A la source

De la descente de l’énergie principielle, à la remontée vers la source, tel sera le cycle accompli.

Alors, au débouché du chemin qui mène à la rencontre de soi, à l’extrémité du fil qui nous transporte, à chaque instant davantage, du campo aux ténèbres du toril et du toril à la lumière zénithale, il nous faudra délaisser l’épée de parade afin d’étreindre la bête dans un dernier combat pour offrir le sang sous l’estoc ultime de l’épée d’acier.

 

Je suis avec vous mes frères, sur la voie qui nous est tracée, car j’aime à penser que cette épée sera celle de la Vérité.

Robert CAPLAIN