En Atelier

  Par Marc REMY                 


21211311123113223111211311222112132111 23113223111211311222112132111231132232
11121131122211213211123113223111211311
23113223111211311222112132111222112132
23113223111211311222123113223111211311
23113223111211311222112132111222112132
11123113223111211311222112132111231132
23111211311222112132111231132231112113
11222112132111231132231112113112221121
22113111231132231112113112221121321112
23113223111211311222112132111231132231
11121131122211213211123113223111211311
23113223111211311222112132111222112131
23113223111211311222123113223111211311
23113223111211311222112132111222112132
11123113223111211311222112132111231132
23111211311222112132111231132231112113
11222112132111231132231112113112221121
32111121321112111123332112332113131132
22113111231132231112113112221121321111
23113223111211311222112132111231132233
11121131122211213211123113223111211311

21211311123113223111211311222112132111 23113223111211311222112132111231132232
11121131122211213211123113223111211311
23113223111211311222112132111222112132
23113223111211311222123113223111211311
23113223111211311222112132111222112132
11123113223111211311222112132111231132
23111211311222112132111231132231112113
11222112132111231132231112113112221121
22113111231132231112113112221121321112
23113223111211311222112132111231132231
11121131122211213211123113223111211311
23113223111211311222112132111222112131
23113223111211311222123113223111211311
23113223111211311222112132111222112132
11123113223111211311222112132111231132
23111211311222112132111231132231112113
11222112132111231132231112113112221121
32111121321112111123332112332113131132

11121131122211213211123113223111211311
23113223111211311222112132111222112132
23113223111211311222123113223111211311
23113223111211311222112132111222112132

 

Au fur et à mesure
 

 

Les pensées ne sont-elles qu’un processus de la nature des choses que nous interprétons pourtant comme acte de volonté ? Le plus souvent ne parviennent-elles pas, comme les fruits, à maturité selon des règles qui échappent à notre conscience ?


Qu’est ce qu’une chose ?

Faire un inventaire exhaustif qui tenterait de décrire les différents types de choses qui existent autour de nous, du plus loin au plus fin, ne nous ferait que passer à côté de la chose. En effet, absorbés à en discriminer les attributs, nous pourrions nous prendre les pieds dans le repli d’une pensée toute investie, au pied de la chose. L’histoire de l’investigation scientifique a démontré qu’elle-même a pu rester au pied d’une rapide conviction de ce qu’était la réalité, sans rechercher à expliquer le mystère de la fixité. La permanence des images de la réalité que nous percevons en continu, dans la constance des propriétés que nous promenons en nous, nous donne accès à une stabilité des représentations. Elles sont effectives, parce que nous les manipulons, nous mêmes en tant que objets organiques, inscrits dans le commun « au fur et à mesure » de la structure qui les génère et que nous partageons avec les choses.

Chose

Selon Kant , la chose en soi (réalité en tant qu’elle est, par opposition au phénomène inconnaissable), si elle ne peut être conçue, peut cependant être pensé. Mais « Penser », n’est ce pas toujours s’approprier l’objet donné à penser, au risque d’en réduire ou d’en oublier l’étrangeté ? De façon générale , la chose impénétrable à l’esprit, serait d’abord ce qui doit être nié dans son altérité, afin de pouvoir être pensé. 

Pratique de la philosophie 
de
a à z Hatier, Octobre 1994

 

définitions selon les grecs, cours de Heidegger, Qu’est ce qu’une Chose :

1 dans la mesure où elles surgissent et se  produisent  à partir d’elles-mêmes.

2 dans la mesure où elles sont instituées par la main de l’homme

3 dans la mesure où elles sont dans l’usage et se prêtent à une disposition constante, comme la pierre.

4 dans la mesure où nous nous bornons à les explorer et les étudier dans la pratique (sens large)

5 dans la manière de poser les déterminations de la question « dans la mesure où… » des quatre précédentes.


 
Démonstration sur le commentaire du 1


 

 


En partant du chiffre 1 on se donne comme langage descriptif les chiffres 1, 2, 3. Ainsi, pour commenter le premier chiffre 1, à partir de ce vocabulaire restreint, la description de ce 1 s’écrit « un chiffre 1 », soit « 11 ». Pour commenter à son tour cette nouvelle suite de chiffres où il y a « deux 1 » l’écriture en sera « 21 ». Puis de nouveau commenter celle-ci par « un 2 »« un 1 » soit « 1211 ». Cette nouvelle suite devient à son tour « 111221 » Nous voyons maintenant « trois 1 »« deux 2 »« un 1 » soit « 312211 ». De commentaire en commentaire s’établit une suite de valeurs d’un langage universel à partir des valeurs 1, 2 et 3. Nous devons cette suite mathématique à M. Hilgemeir. Un autre mathématicien J. Conway a poursuivit cette étude. Il a imaginé un monde ou de commentaire en commentaire, au fur et à mesure, les éléments qui se constituent sont les développements successifs des commentaires numériques du mot « 1 ». 

 

L’observation faite par J. Conway indique qu’il y a une analogie dans cette expression numérique infinie avec notre monde physique. En effet, il s’en dégage, par l’application de règles mathématiques de découpe, toujours les mêmes éléments stables au nombre de 92 qu’il a associés par analogie à la table des éléments de Mendeleïev. Notre table des matières.

Ces éléments apparaissent par blocs d’agrégats numériques selon des règles immuables, les uns en les autres. Une sorte de bouillonnement complexe mais parfaitement réglé détermine l’avenir des commentaires, infinis en expansion à partir du « 1 ». Il a également observé que les sept premiers commentaires ne ressortent plus dans la chaîne des commentaires et sont décrits comme instables. Ne devrait on pas dire initiaux ?

Fragment d’Héraclite 30

Ce monde ci, le même pour tous les êtres, aucun des dieux ni des hommes ne l’a créé ; mais il a toujours été et il est, et il sera un feu toujours vivant, s’allumant avec mesure et s’éteignant avec mesure.

 

 

Qu’est ce qu’est la matière ?

 

Le commentaire du 1 est une illustration, par analogie simplifiée, de la complexité de l’organisation de notre matière excitée par l’onde du temps. Succession d’instants similaire aux étapes qui génèrent successivement une série de commentaires numériques. Métaphore de l’organisation de notre propre matière, où, dans un océan primordial d’éléments « 1 » non perceptibles, un mouvement comme une onde excite ces éléments dans un vocabulaire numérique qui constitue la phrase, la peau d'une forme de réalité. En définitive dans l’univers perceptible nous ne percevons de la matière que cette expression mais jamais l’océan préalable, dans lequel se déploie le mouvement de la succession des instants. De commentaires en commentaires : une vague ? Le moment même de notre prise de conscience dans la succession des instants ne nous permettra jamais de percevoir le moment de l’excitation initiale. Lorsque nous percevons un phénomène, à l’instant de son émergence dans notre pensée, c’est toujours un commentaire plus loin que le véritable pic de l’onde dans l’océan préalable. Il persiste un minime décalage entre l’émergence et la perception que nous en avons. Un peu comme notre perception du son par rapport à l’éclair. La matière et ses objets matériels, nos pensées conceptuelles, nos divers états de conscience sont issus et portés par cette organisation, dans le son généré par l’onde qui est le corps ou le champ primordial de notre réalité.

Notre limite, cette pensée englobante d’une réalité qui nous semble étendue et durable en stabilité, induite par cette onde qui nous pré-détermine et dont nous sommes tous affectés intimement dans nos êtres en tant qu’objet.

 

Sa compréhension n’est-elle pas hors d’atteinte de nos facultés, une ambition déréglée ?

 

 

 

LE THÉORÈME DE LA COUPURE POUR IDENTIFIER LES DIFFERENTS ÉLÉMENTS

 

Pour  bien  comprendre  ce  que  sont  ces  éléments  stables  du  Big-bang numérique, définissons d'abord  ce  qu'est  un   élément.   Certains nombres  N peuvent  être  séparés  en  deux  morceaux  N=G.D  qui  dans  la  suite  des commentaires  numériques  n'interféreront  plus  jamais  entre  eux.  Plus précisément on dira que G.D est une  décomposition  du  nombre  N  si pour tout entier n le n-ème commentaire de N est obtenu en juxtaposant le n-ème commentaire de G et le n-ème commentaire de D. Le  nombre  N=1113213211  se  décompose  par  exemple  en  G=11132  et D=13211. En  effet, les commentaires  successifs  de  11132  se  termineront tous  par  2  (réfléchissez  une  seconde...),  alors  qu'aucun  commentaire  de 13211 ne commencera par  2  (car 13211  -> 11131221  -> 3113112211  -> 132113212221  dont  le début  est 13211,  et  donc  les  premières  décimales recommencent de manière cyclique). Les nombres qui ne  peuvent  pas  être décomposés sont appelés les  éléments  ou  atomes . Conway a montré que parmi tous les éléments, il n'y en a que 92 qui restent présents dans  l'univers au  cours  de  son  évolution. Le       Théorème  chimique est même plus précis :  à partir d'un certain moment, l'univers n'est composé que  des  92  éléments  (les  éléments  stables)  et  à  chaque  instant  (pour chaque  nombre  engendré  à  partir  du  1),  les  92  éléments  stables  sont présents dans l'univers. L'évolution  de  l'univers  à  partir  d'un  certain  moment  n'est  donc  que  la transformation des  éléments stables les uns  en  les  autres  selon  des  règles précises  et  immuables.  Une  sorte  de  bouillonnement,  complexe  mais parfaitement réglé, détermine l'avenir du Big Bang numérique  

Jean-Paul  Delahaye.  
Jeux  mathématiques  et   mathématiques  des  jeux. Belin/Pour la science. 1998 (le chapitre 4  donne  d'autres  détails sur  la suite "look-and-say").

Article, Big-bang numérique les commentaires du mathématicien,  de Jean-Paul Delahaye, professeur d’informatique à l’université de Lille et chercheur au CNRS

 

                                            NousZone de Texte:  ressemblons à ce personnage de dessin animé, représenté par un trait de crayon, sur une ligne non close, et sur la quelle il se déplace et vocifère contre l’adversité. Il est obnubilé par le trait des circonstances, des objets de ses aventures et son ressentiment contre son créateur, la main du dessinateur. L’animation nous le représente dans les limites (la prédétermination) les plus classiques de certains de nos concepts. En effet, le héros comme le spectateur ne perçoivent pas le support, dont le film d’animation en est la métaphore. Ce mouvement, image par image, représente la succession des instants, et symbolise l’onde du temps qui excite et anime les substances. Nous-mêmes dans la vie ne percevons de la matière que le trait, la peau de la réalité et non le support, le média, de notre propre existence auquel nous n’accédons pas. Une totalité, portée simultanément par l’onde du temps qui excite dans l'océan primordial une substance des substances, comme le mouvement mathématique qui combine le « 1 ».

Certains voudront y déplacer déjà la main du dessinateur en place du concept du principe créateur ?… Nous percevons là nos limites conceptuelles et l'abus de l’espèce humaine qui, parce qu’elle se pense être le mécanisme le plus sophistiqué de la pensée, se positionne d’elle même comme le producteur d’une conception métaphysique aboutie et définitive de notre univers. Cette conviction, cette conversion n’est-elle pas une usurpation ? Car un mystère doit être accepté comme limité dans les conditions de sa manipulation par nos concepts. 

Acceptons-nous cette limite ?

 

 

Qu’est ce qu’une idée ?

Pour chaque catégorie d’idées il existe une succession d’étapes, un système d’emboîtement ou d’agrégat.

L’idée qui représente un objet

Un compas, une équerre n’ont de sens premier que parce qu’ils représentent une utilité, dirons nous objective, entre le moi corps/objet et un autre objet. Cette objectivité relative permet l’échange, par l’intermédiaire de références croisées. 

L’idée, elle-même un objet

L’idée en tant que flux de particules est un objet fugace porté en rétention par emboîtement de matière. L’idée de l’idée, en tant qu’elle-même une chose, s’exprime sous la forme d’un certain degré d’acuité de la réalité, pensée non pas immatérielle, mais bien objet subtil. L’idée d’un concept, comme celui de fraternité, a un degré de perfection, un commentaire plus grand que l’idée de silex. Les idées ont donc des degrés de perfection qui s’enveloppent les uns dans les autres, qui se commentent en commentaires de commentaires.

L’idée qui affecte  
(Spinoza, idées affects, perception sensible de l’imagination, ou idées extrinsèques)

Lorsqu’un corps perçoit un autre corps, comme l'eau glacée ou la chaleur des rayons du soleil, cette interaction indique la nature du corps affecté par ces modifications ; ces perceptions ne sont que relations et automatismes implicites. Les manières dont nos corps sont constitués et agencés par adaptation nous font collecter des informations en l'état des perceptions, a priori, de notre espèce. C'est le premier type de connaissance. C'est le plus simple car les connaissances des rapports entre les corps ne sont connus que par les effets que les uns produisent sur les autres. Chaque chose, corps objet se définit ainsi par un certain rapport caractéristique, plus ou moins complexe, à en être affecté. 

Héraclite 3 
Le soleil a la largeur d'un pied d'homme

De quelles capacités sensibles
dispose-t-on ?


Un corps en tant qu'objet doit être défini par la cartographie de sa sensibilité à pouvoir être affecté et ceci pour chaque animal ou chaque espèce vivante. Capacités d'existence qui tendent vers le favorable ou le défavorable. Toutefois cela reste relatif selon les cultures, suivant les sociétés où les hommes ne sont pas identiques dans l'interprétation de ces mêmes affects. Ces rapports établissent des liens qui représentent alors un état émotionnel. Dans l'étymologie d'émotionnel, il y a motif. En tant qu'objets de relation les motifs modifient notre état interne sous la forme d'un sentiment, d'une espérance, d'une angoisse ou d'un amour, qui affectent en conséquence.

Émotions

 

 

Les émotions constituent des perceptions de valeurs. A l’instar de la perception des couleurs, la perception des émotions aurait un contenu non conceptuel., les émotions constituent un outil de perception par lequel nous faisons l’expérience en notre chair d’interactions que nous transformons ensuite en valeurs.

 

Cela nous permet d’étalonner nos comportements en faisant des simulations émotives et ainsi faire de possibles choix dans une cartographie émotive en rapport avec les expériences déjà acquises.

 

Ce référentiel n’est pas aussi constant que celui de la couleur dans la fixité de ses propriétés. Toutefois, même s’il est plus fluctuant, il établit un  inventaire que nous utilisons inconsciemment comme gamme émotive, dans les rapports que nous entretenons avec le monde.

---

Bergson donne un sens cosmique à l’émotion : elle seule permet de se libérer des contraintes de l’intelligence et de se conformer totalement  à l’intuition ; elle donne ainsi à l’homme le pouvoir d’être authentiquement créateur et de retrouver par là la force créatrice de la nature elle-même (Les deux sources de la morale et de la religion).

Encyclopédie philosophique universelle puf  
Sous la direction d’André Jacob, Les notions philosophiques tome 1 Page 772

 

 

 

Spinoza,

« force d’exister »

 

 

Schopenhauer

« vouloir vivre »

 

 

Nietzsche

« volonté de puissance »

 

Le mouvement des affections

Dans la succession des instants nos idées se succèdent en une suite de commentaires, une idée se substitue à une autre. De perception, en champ de perception (phénoménologie), c'est une série de co-générations d'idées. Variabilité et intensité ne cessent en nous, d'évoluer en états émotifs successifs. C'est une force d'existence, mouvement dont la volonté et l'adaptabilité ne sont que variations. Circonstances qui augmentent ou qui contrarient notre autonomie. Variation continue d'un potentiel d'existence à mesure que les degrés ne cessent d'évoluer en nous en fonction des idées perçues dans notre chair, matériel sensible comme sur une pellicule photo. Nous pensons avoir des idées, alors que se sont elles qui s'impriment en nous comme support de mémoire et s'y expriment en complexité. Mouvement émotif d'une onde génératrice qui forme l'existence. Une ligne mélodique qui forme notre supposée volonté d'action.

L’idée d’une mécanique des causes
(Spinoza, idées notions, adéquates, intrinsèques)


Comment pourrait-on s'élever à une connaissance des causes ? Il y a toujours composition de rapports affectifs et la compréhension de cet automatisme, semble nous permettre d'identifier les causes plutôt que de ne connaître que les effets séparés de leurs causes. Emerge alors une idée de l'idée de ce qui affecte. Il faut donc, par l'idée de la cause, se dégager du ressenti pour comprendre ce qui nous affecte, ce qui ne convient pas. Mais nous devons aussi prendre pour cause le mécanisme de la collecte de l'effet ressenti. 

Ainsi dans la boucle de l'effet d'une cause, dans l'action, il est bien difficile de se former avec acuité une idée de la relation de mixité qui s'établit entre cause et effet. Selon l'intensité des liaisons, il est impossible de réguler les forces qui se composent pour s'extraire de la boucle et observer, contempler le sens de la relation, dans le système en jeu.

Nietzsche

« Pour rendre possible le plus infime degré de connaissance, il a fallu que naquît un monde irréel et erroné : des êtres qui croyaient à du durable, à des individus, etc. Il a fallu d’abord que naquît un monde imaginaire qui fût le contraire de l’éternel écoulement ; on a pu ensuite, sur ce fondement, bâtir quelque connaissance. On peut bien discerner, en somme, l’erreur fondamentale sur laquelle tout repose (car les antinomies peuvent être pensées) mais cette erreur ne peut être détruite qu’avec la vie ; la vérité dernière qui est celle du flux éternel de toute chose ne supporte pas de nous être incorporée ; nos organes (qui servent à la vie) sont faits en vue de l’erreur. C’est ainsi que naît chez le sage la contradiction entre la vie et ses décisions dernières ; son besoin de connaissance a pour condition qu’il croit à l’erreur et qu’il vive dans l’erreur. La vie est la condition de la connaissance. L’erreur est la condition de la vie, je veux dire l’erreur foncière. Savoir que l’on erre ne supprime pas l’erreur. Ce n’est rien d’aimer. Il nous faut aimer et soigner l’erreur, elle est la matrice de la connaissance. L’art au service de l’illusion - voilà notre culte » 

Nietzsche, la volonté de puissance


Cours de Deleuze, Spinoza 24/01/78

Ne rien savoir en philosophie c’est en rester au maniement concret de choses comme une couleur, un son ou une image. Une philosophie, c’est une espèce de synthétiseur de concepts, créer un concept ce n’est pas du tout de l’idéologie. Un concept, c’est une transformation de la chose donnée.

 

 

L’idée de la mutualité des causes
(Spinoza, idées essences, intuition )

Les idées ne sont pas abstraites, bien que les relations qui s'établissent entre effets et causes semblent immatérielles, elles sont concrètement mutuelles. C'est une mutualité partagée. Ce n'est pas une odeur qui donne faim mais plutôt l'organisme qui ressent cette odeur et réagit en ayant faim. Est ce la drogue qui crée la dépendance ou bien le corps qui réclame la substance. C'est pourquoi tous les corps conviennent entre eux, même en nuisance. La relation qui s'établit entre l'individualité et la multiplicité, est d'ordre de la mutualité, car le monde entier peut se penser comme un organisme globale et individuel dont les parties sont mutuelles. Chaque singularité est en rapport constant avec toutes les autres formes de singularité. Mais toutes ces singularités ne se confondent pas. Elles ont leur identité selon des règles globales et c'est cela la mutualité de la matière, aucune n'est étrangère à l'autre, car il y aura toujours et encore des règles sous lesquelles s'associent, en mouvement et en repos, les singularités et les idées.

Lorsqu’on arrive à appréhender cette idée du monde mutuel qui s'exprime dans l'interdépendance en degrés de complexité entre le plus proche (micro) et le plus éloigné (macro), cela nous permet d'accéder à ce nouveau degré de réalité en passant du paraître au sublime de l'apparition de ces processus (procès). 

 

 

Nature des choses ?

La terre et le cosmos tournent dans le sens où ils veulent bien tourner. La force naturelle, tout comme le silex ou la montagne, nous ne les avons pas inventés. Ils étaient là avant nous ! Parce que leurs êtres, leurs forces d'existence et leurs intensités se déploient sans notre intervention. La Nature des choses, c'est ce qui existe en dehors de toute action de la part de l'homme. Il n'y a donc qu'une petite participation de l'homme dans l'évolution de la nature des choses. L'homme ne fait qu'orienter les intensités comme il ne fait que composer avec la pesanteur. La nature des choses ne dépend pas de notre volonté. 


Nature Espèce


Ne sommes nous pas comme les plantes dont chaque individu porte un rôle et dont l'espèce a réussi par adaptabilité à mettre en œuvre des mécanismes quelquefois très sophistiqués de stratégies de subsistance. On peut parler de véritables chefs d'œuvres d'inventions devant lesquels nous sommes éberlués par le degré d'intelligence que cela suppose de composition et d'utilisation des différentes formes de briques de vivant, de la nature des choses. Or, une fleur comme un arbre ne semblent pas posséder une telle intelligence en tant qu'individu. Mais l'espèce qui porte l'individu a pourtant réalisé une adaptation très sophistiquée. Ce qui dénote que l'intelligence s'est concentrée en quantité sur la durée d'existence de l'espèce pour se déployer, en forces d'existence, dans chacun des individus qui la compose. 

Edgar Morin

Chacun porte en effet en lui toute l’humaine condition. Non pas comme un microcosme par rapport à un macrocosme où l’on retrouverait en chacun la société en miniature. Mais chaque individu porte en lui la totalité de la société comme la cellule porte la totalité du programme génétique. Une partie seulement de la condition humaine se trouve exprimée dans cet individu : il garde sa singularité tout en ayant en lui la plupart des potentialités humaines. Ce n’est d’ailleurs  pas seulement l’humanité que l’on porte en soi. Chacun est porteur du lieu et du temps  dont il est issu.

Extrait entretien Edgar Morin revue Sciences Humaines  N°62 p 33

 


L'écho de ces stratégies, formes d'intelligence de telle ou telle autre espèce, se répercutent en nous et communiquent avec notre forme d'intelligence plus concentrée dans nos individualités. Nous pourrions dire que notre concentration d'intelligence est équivalente à celle accumulée par une espèce basique, sur plusieurs milliers d'années. 

Toutefois, ce n'est pas parce que nous avons cette disposition de concentration d'intelligibilité sur un segment de durée plus court, que nous mêmes, en tant qu'espèce, n'avons pas aussi une intelligence plus globale dont nous ne percevons pas les rouages et la finalité. Cela nous dépasse comme l'intelligence de l'espèce fleur dépasse celle de l'individu fleur. Une intelligence transcendantale (Kant) de l'espèce qui dépasse l'intelligence individuelle de l'organisme.


Naître à sa propre nature


Quelle dose de sincérité avons-nous avec les choses de notre nature ? Avons-nous peur de nous découvrir tels que nous sommes (objets) ? Introspections dans nos pensées, aux cheminements qui masquent nos motivations. De quelle nature est le sujet qui habite notre conscience qui s'est créé une image où la part belle est donnée à l'identité, la réussite et aux apparences ? Pour éviter le contact avec les implicites motivations (mécaniques), ne préférons-nous pas abuser de parures en évoluant dans les chemins d'une culture et d'une tradition, dans de somptueuses allées de jardins à la française ? Une nature idéalisée face aux peurs d'une nature plus profonde. Une cartographie aux artifices d'une logique de communication dont l'apparence de complexité permet de se mirer dans une image trop bien taillée pour ne pas être illusoire. Voudrions-nous oublier que cette présence de la nature des choses nous surpasse, qu'elle a son propre métabolisme transcendantal (Kant), qu'elle pense en nous et dans le reste de la nature ? Qu'elle implicite nos propres catégories ?

Catégorie

Chez Aristote : il désigne les différentes classes de l’être, c’est à dire les diverses acceptions où peuvent « tomber » le sujet et l’attribut d’une proposition, acceptions regroupées sous : substance, qualité, quantité, relation, lieu, temps, action, passion, possession, position.

 

Chez Kant : il désigne chacun des concepts de l’entendement qui permettent de former a priori la connaissance : quantité, qualité, relation, modalité.

Vocabulaire Bordas de la Philosophie, Gérard LEGRAND,
Collection Les Référents Bordas
Copyright Bordas, Paris, 1993
p 49 et 50  

 

L’intuition

De quelle nature est la signification du rituel ? Dans quelle dimension se déploie cette expérience spécifique de l'initiation ? Dans cette méditation nous sommes dirigés vers le rituel en tant que support de significations associatives, allusives et poétiques. Cette signification n'a plus seulement sa présence dans le monde des éléments matériels physiques directs mais aussi dans celui des symboles d'une réalité indirecte, celle d'un flux d'objets fugaces, relationnels et connexionnistes (découverte). L'organisation (mosaïque) des symboles qui constituent le rituel ne sert qu'à figurer un autre ordre de réalité, celui de la transmission initiatique qui est représentée en une allégorie par le rituel. On peut en percevoir la forme, en examiner son agencement, ses modifications, et le justifier avec précision dans son historicité. On supposera qu'il est écossais, français, anglais. Mais lorsqu'il s'enclenche c'est pour insuffler la vision d'une évocation poétique. Ces éléments étant alors sublimés, perçus comme un procès émergeant qui noue les liens (sûtras) d'une expérience, initiatique ?

Voyages qui ne sont pas des déplacements exécutés avec perfection, au pied de la lettre comme un mouvement de gymnastique, mais plutôt la participation à une fable allégorique. Une nouvelle dimension qui est celle de la poésie, dont les allusions et les rythmes représentent une ouverture, dans une architecture que constitue le rituel tout entier.

 

© Association Hermione-La Fayette – www.hermione.com

Le sublime

Kant a opposé le beau « fini» au sublime « infini» : le beau est empreint d'harmonie, le sublime marque une lutte entre l'entendement et l'imagination, quelque chose d'inaccessible.

V
ocabulaire Bordas de la Philosophie, Gérard LEGRAND,
Collection Les Référents Bordas
Copyright Bordas, Paris, 1993
p328

 

 

Le sublime

A la différence du beau, qui convient à nos facultés, le sublime peut être écrasant, horrible, informe, et c'est en quoi consiste sa finalité par rapport à nos facultés. Alors que le beau produit immédiatement un sentiment d'épanouissement et de plaisir, le sublime provoque d'abord un arrêt des forces vitales et un sentiment de peine, que suivent un épanchement et une émotion génératrice de joie. C'est que, pour le jugement sur le beau, imagination et entendement produisent par leur union la finalité subjective, tandis que, pour celui du sublime, imagination et raison la produisent par leur conflit, mais qui se résout au profit de la raison. Le sublime n'est donc pas un caractère des objets et ne doit pas être cherché dans la nature.

Encyclopédie philosophique universelle puf
Sous la direction d’André Jacob, Les notions philosophiques tome 2 Page 2485

Ainsi, cet ensemble se présente comme une totalité, une représentation qui n'est intelligible que par ses tonalités (son de chaque coup de maillet), une composition où chaque symbole ne prend sa valeur allusive qu'en fonction de tous les autres. La force de l'imaginaire est essentielle à cette pratique et, lorsqu'il y a des règles, c'est comme en poésie, celles d'un cadre de compositions où cette contrainte n'est envisagée que pour amplifier les allusions et les évocations, pour contourner le pied de lettre de la convention. Ces nouvelles proportions sont celles qui s'expriment dans l'initié lui-même, celle de sa sensibilité qui transforme les "a priori" de l'espèce en émergences plus subtiles. Une approximation qui joue à l'intérieur de la sensibilité de l'initié qui trouve en lui une possibilité de tendre vers la vérité, un espace de construction où le regard se trouve décalé, où l'initié expérimente autrement.

 

Le rituel n'est pas la dimension, c'est son écho sur la pellicule sensible de l'initié (révolution copernicienne). Alors qu'avec les idées affects, le monde est bon ou mauvais, beau ou laid, un premier degré de perception. avec l'idée de la mutualité des effets et des causes c'est le sublime qui se substitue à ce premier degré. L'existence est sublime en tant que variation de ces états émotifs inscrits comme mesure dans nos organismes.

 

L'initiation consiste en pratique à pouvoir sublimer ces états émotifs. Ces degrés de sensibilité servent de brique de base pour former, d'autres degrés de perfection qui tendent vers l'essence du monde matériel dont émergent des processus qui, eux, sont d'ordre du sublime ! Une substitution de la perception directe, en une complexité indirecte de l'harmonie par la lutte de l'entendement face à son intuition.

Ainsi, faut-il devant un rituel prendre de la distance pour déceler les figures associatives et émotives (motif) qui présentent une autre lumière qui nous éclaire, dans la structure de l'onde du temps. C'est ainsi que, comme en poésie où il y a plusieurs formes d'assemblage, il y a plusieurs rites, dont aucun d'entre eux ne peut se légitimer en tant que Vérité. Il faut y multiplier les éléments et leurs relations possibles pour ouvrir le champ de l'invention initiatique. En partant de cet agrégat d'états et de tonalités, l'initié dispose ceux-ci selon des principes, des critères, des directions, qui ne sont rien d'autres que les pulsions les plus profondes de ses forces d'existence. 

En effet, il n'y a que par la richesse d'évocation d'une pratique (arts), d'un rite, que se concentrent et se déploient les forces initiatiques. Une façon de s'affecter soi-même plutôt que de se banaliser aux appétits du monde direct. Le pouvoir de s'auto-impressionner, de s'éprouver en percevant les oscillations de l'onde du temps afin d'y communier en synchronisation. Résonances où l'intuition puise son être dans la vibration de la matière comme affection originelle, une expérience qui définit l'auto-affection comme la seule ambition possible de notre liberté ?

Comprendre le monde comme le fond, l'écran immuable de la matière, de l'être et de la vie en vibration. Immergé dans l'océan préalable de la matière, le parcours initiatique n'est pas un chenal balisé. Les repères habituels doivent être transformés. Se plonger dans le rituel, c'est échapper aux marques de la convention des stéréotypes, préjugés et croyances emmagasinés jusqu'alors par sa tradition culturelle et éducative.

Se dé-convertir


Un cosmos exerçant des volontés d’existences, la matière qui constitue le fond de notre être doit être perçue comme l'être universel.

© am - Fotolia.com


 

 

LA TRANSFORMATION

Prés de l'eau prés de l'au-delà
Prés de l'eau de la fontaine
Prés de l'eau de la fontaine
Prés de l'eau de la fontaine se trouve mon mécène
Que j'aime autant que les arbres, le vent
Qui battent le temps, le temps d'une mesure
Et au fur et à mesure que le chant avance
La faune et la flore et les métaphores
Entrent en transcendance en transformation

Dieu des dieux
Dieu du feu
Dieu de toutes les fibrilles

Il est beau le bruit du bois
Il est beau le bois
Il est beau le bois
Le bruit du bois

Il est beau le bois duquel je viens et je viens
Vous dire que j'ai rien à dire
Mais que l'on respire mieux là-bas
Sur le haut plateau, prés de l'eau de là
Fontaine qui insuffle la vie
Prés du zéphyr celui qui inspire à la transformation

Dieu des dieux
Dieu du feu
Dieu de tous les chaînons

Je ne mangerai pas ta pomme, pas ta pomme
Non je ne mangerai pas ta pomme
Non je ne mangerai pas de ta nourriture
Nourriture d'une terre dont la sève est sûre
Et le fruit amer, d'une culture forcée
Par la main de l'homme
En dépit des dieux
Ceux qui avec nous sont prêts à tout
Pourvu qu'on leur laisse la transformation

Dick Annegarn

Par Marc REMY