En Atelier              

     Par Marc REMY     

                                                                                                                                 

Lumière de jour, Lumière de nuit
 
Temps sacré, Temps profane
 



« De midi à minuit » trois...

 alter-nuances


Alternances du jour et de la nuit, du midi et de minuit, de l'aube et de la brune, jonctions du jour et de la nuit. Peut-être au midi de notre vie où il n'y a plus d'ombre portée par la lumière où le mirage de la valorisation à disparu, la force du regard doit supporter la révélation de s'être fait tromper par les préjugés et stéréotypes, les ombres portées par le bruit visuel du monde qui nous conditionne. Expiration de l'ombre par inspiration de la lumière. Introspection afin de travailler notre perception tout en se protégeant en pleine lumière de l'aveuglement des objets de nos désirs et de la dissolution de leurs ombres. Le profond travail éclaircissant nos motivations enfouies. rayonnements dans son propre univers où la réverbération de la lumière bleutée de la nuit est pour son initiation, ce que la racine de l'arbre dans la matière en décomposition apporte au feuillage dans la lumière du jour. Et en cette nuit d'autres ombres plus subtiles, évanescentes nous transportent dans le mystère de la réalité. A cet initié de s'étayer par les apports symboliques et le support des proches, assistants les passages d'alternances d'obscurités et de lumières, de l'ignorance à la connaissance, de la vie à la mort puis à la régénération des valeurs de leur vie. Pourrir en soi pour revivre. A l'aube comme à la brune, les ombres allongées de la lumière du jour mélangées aux ombres des lumières de la nuit s'additionnent en de nouveaux mystères que l'accoutumance aux sombres ambiances nous permettront de percevoir et d'interpréter comme étant la fusion nécessaire de la conciliation des ombres opposées. L'infime instant entre jour et nuit qui réunit. La coupure contenue dans la séparation du jour et de la nuit se trouve transcendée en un rassemblement des ombres opposées, circulation de l'énergie entre les pôles contraires du dualisme, transformation en l'unité. 

« Identité, Unité »

 

Eutectique

Comment assembler par soudage deux métaux en dessous de leurs points de fusion ?

Entre deux plaquettes d’argent (point de fusion: 960° C) de 2 à 3 mm d’épaisseur, jouant le rôle de métal de base, on dispose, comme métal d’apport, une feuille de cuivre (point de fusion: 1083° C) de 0.1mm préalablement enduite d’un décapant pour éliminer les oxydes de surface.
On place l’ensemble dans un four et l’on chauffe régulièrement. On constate qu’à partir d’une certaine température nettement inférieure aux points de fusion des deux métaux, il se forme à la surface de contact des plaquettes un alliage liquide cuivre-argent.

Étant donné que cet alliage ne se forme que sur une zone de très mince épaisseur, à la surface de contact, on le désigne par alliage de surface.
La formation de cet alliage assure la liaison complète des deux plaquettes et ceci à une température de 778° C, inférieure de 300° C environ au point de fusion du cuivre et de 200° C environ au point de fusion de l’argent.

La température de 778° C, température de fusion minimum, est appelée température eutectique et correspond au « point eutectique » de l’alliage cuivre-argent.

Cette expérience montre qu’il existe des forces qui provoquent un alliage par dispersion moléculaire ou atomique sans que le métal soit amené à son point de fusion.

Jean-Pierre H. Wasserman

C'est donc l'évocation de l'ombre double en " aube, brune " qui symbolise la jonction du point eutectique de l'alliage " cuivre-argent " où l'unité s'opère dans la succession de nos travaux, de nos interventions dans la chaîne de nos oppositions dans la dualité. 

Comme les deux métaux qui ont besoin d'un décapant, nous devons nous débarrasser de nos d'oxydes afin d'atteindre l'unité eutectique, soudure dans la remise en question régulière de nos certitudes. Mais cet espace expérimental plein de découvertes, amène par amalgame des confusions, aux certitudes comportementales, à la fausse humilité, la facilité de trouver dans le transversal religieux ou spirituel la vérité syncrétique qui s'imposerait comme la preuve de la bonne voie dans laquelle nous sommes engagés. A notre tour, face au mystère, arrêtons de grossir le trait en la croyance d'un concept dans un académisme initiatique, qui ne serait qu'une limitation à la force d'évocation du mystère. Serions-nous venus y chercher la recherche du pouvoir ecclésiastique ? 
Je ne sache pas que nous n'ayons rien à nous reprocher.

Temps du subjonctif : mode personnel du verbe, considéré d'abord comme propre à exprimer une relation de dépendance, et de nos jours, comme mode de la tension psychologique (volonté, sentiment) et de la subjectivité (doute, incertitude).

" Je ne sache pas " exprime la tension dans le paradoxe d'affirmer et de douter, paradoxe de l'identité entrevue dans le miroir introspectif et de son reflet dans les lueurs de la nuit.

« Lumière de midi, de minuit »...  

Fenêtre d’un miroir

Celui qui regarde du dehors au milieu du jour, à travers une fenêtre ouverte au soleil ne voit jamais autant de chose que celui qui regarde ce qui se passe derrière une vitre d'une fenêtre fermée, éclairée d'une chandelle, au milieu de la nuit profonde, mystérieuse, féconde, ténébreuse ou éblouissante.
Le miroir en soi où rêve la vie, vit la vie, souffre la vie, écho de sa vie, qu'il observe et se fait nuit en lui. La réalité placée hors de lui, perçue en dedans, l'aide à vivre, à sentir qu'il existe et ce que il est. Dans " Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? " l'interrogation est de savoir si c'est suffisant pour exister. " Si elle m'a aidé à vivre, si elle m'a aidé à sentir ce que je suis " indiquerait que pour bien opérer il faut préalablement bien se connaître et approfondir en soi ses réelles motivations. 


La fenêtre de nuit, prisme d'une certaine simulation de la réalité, kaléidoscope de personnalités et de réactivités, m'incite à tester dans l'espace du silence propre à l'écoute, un certain nombre de boucles mentales, de douleurs exprimées, de point de vue décalés qui concourront plus tard à ce que les ombres mouvantes, éclairées des chandelles des lumières de la nuit, inspirent les actions dans la fenêtre du jour prisme à son tour d'une réalité plus ouverte. La fenêtre du miroir en soi dont il est question dans le poème, espace de collecte des ces sensations de jour et de nuit, n'est elle pas, un état où l'entraînement, la répétition l'emporterait sur la vigilance. Un état de conscience modifié, autogène qui en ferait plus qu'un instrument de liberté, un outil d'aliénation, étranger à soi et non pas déterminé par soi, par son libre arbitre. Le moteur symbolique et métaphorique ne deviendrait plus alors qu'un système d'influences en nous même. Mirage universaliste et humaniste qui ne serait qu'une troisième fenêtre aveugle, états émotifs pleins de bons coquets sentiments permettant de se leurrer sur son inefficacité dans le monde 
Une pseudo-réforme de soi ? 

Fenêtre du possible

Pour simuler les émotions, soudure avec les expériences de vie, de travail, de souffrance des autres il faut organiser la confrontation émotive avec la réalité (dualité transitoire) pour dissiper nos idées reçues et nos certitudes. 

Les Fenêtres

Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte ne voit jamais autant de chose que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux, rêve la vie, vit la vie, souffre la vie.
Par-delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelque fois je me la raconte à moi-même en pleurant.
Si c’eût été un pauvre vieil homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.
Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.
Peut-être me direz-vous: « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?

PETITS POÈMES EN PROSES BAUDELAIRE

« Pour rendre possible le plus infime degré de connaissance, il a fallu que naquît un monde irréel et erroné : des êtres qui croyaient à du durable, à des individus, etc. Il a fallu d’abord que naquît un monde imaginaire qui fût le contraire de l’éternel écoulement ; on a pu ensuite, sur ce fondement, bâtir quelque connaissance. On peut bien discerner, en somme, l’erreur fondamentale sur laquelle tout repose (car les antinomies peuvent être pensées) mais cette erreur ne peut être détruite qu’avec la vie ; la vérité dernière qui est celle du flux éternel de toute chose ne supporte pas de nous être incorporée ; nos organes (qui servent à la vie) sont faits en vue de l’erreur. C’est ainsi que naît chez le sage la contradiction entre la vie et ses décisions dernières ; son besoin de connaissance a pour condition qu’il croit à l’erreur et qu’il vive dans l’erreur. La vie est la condition de la connaissance. L’erreur est la condition de la vie, je veux dire l’erreur foncière. Savoir que l’on erre ne supprime pas l’erreur. Ce n’est rien d’aimer. Il nous faut aimer et soigner l’erreur, elle est la matrice de la connaissance. L’art au service de l’illusion - voilà notre culte »
Nietzsche, la volonté de puissance.


 
      La séparation de ses préjugés, la dispersion des erreurs.

 

Par rapport aux idées de Nietzsche il nous faut aussi la conviction d'aimer notre frère (ennemi) dans l'erreur. Cette antinomie fraternelle pour opposer nos points de vue respectifs. Celle d'une épreuve de l'imaginaire, confrontation entre puissances subversives et académiques qui évalue un nouvel acte créateur d'erreurs. 
Une méthode… la volonté de fraternité ? 

 

« Quand on donne le jour à quelqu’un on lui donne la nuit »

« on lui donne midi, minuit »



C'est donner l'épreuve de la transmutation des valeurs de jour en des valeurs de nuit, dispersion des préjugés. L'enseignement spirituel de la séparation c'est d'endurer les blessures, les souffrances dues à la transgression des codes normalement admis. La déstabilisation engendrée contraint d'explorer d'autres façons de voir et de vivre le monde, de faire face à l'inconnu en obtenant des résultats équivoques, d'expérimenter de nouvelles attitudes, de s'adapter aux situations inattendues par de nouvelles aptitudes. La déstabilisation dérange et contrarie. Elle met le monde en désordre et, dans la succession d'initiations de midi à minuit , ce chaos ressource et renouvelle la vie de l'initié. 

 

Cet accomplissement permet d'évaluer le périmètre des règles de l'organisation dans laquelle continuer à vivre ensemble. Cette juxtaposition d'états profanes, d'états sacrés, est un laboratoire pour que la collectivité évolue. Les sociétés et les individus ont besoin de changement mais ils y résistent et se retrouvent souvent dans le conservatisme rattaché à la tradition. Dans la stricte application du rituel , lorsque les lois et les valeurs ne sont plus remises en question, elles deviennent des dogmes rigides, aveugles aux évolutions des mentalités.

 

Le travail de dégrossissage de séparation et de désordre, recherche les limites, du point de rupture à partir duquel l'on sait régler un système. Etapes successives de réglages où chaque décomposition tue une part en nous même et chaque peau enlevée amène au dépouillement et au renoncement des artifices de la représentation. Se dissoudre dans la décomposition, comme le jour dans la nuit, pour donner naissance à une autre perspective (sublimation). Comme les paroles entendues dans le recueillement du silence qui apportent la méditation sur la portée de nos intentions réelles.

 

 

 Responsabilités avant tout envers soi-même, car la perspective dans le plan d'une bâtisse sert la vision de l'ensemble du bâtiment de sa propre vie. Cette perspective doit permettre à chacun d'entre nous indépendamment des hiérarchies projetées et des systèmes auxquels ils appartiennent, de se soustraire sur le chemin à la gravité de l'attraction dogmatique et matérielle. Préparer son voyage spirituel, dissolution dans cette succession de morts, séparations où mourir c'est : 

La douleur de la séparation

Pourquoi est-il si difficile de passer d’une étape à une autre ?

Alors qu’enfant nous avions tellement envie de grandir, pourquoi ces passages sont-ils si difficiles à vivre ?
Le souvenir de certaines séparations reste inscrit dans notre mémoire. Nous avons là, expérimenté dans la vie, les stades du mourir. Chacun peut s’en souvenir. Les stades du mourir ne seraient-ils pas aussi les stades du vivre ?
Quitter, se double de la crainte de l’inconnu. L’équilibre acquis est rompu. Il faut affronter le changement, la crise. Difficulté que de ne vouloir rien lâcher. « Choisir m’apparaissait moins élire que sacrifier » disait Gide.
La vie allie à la fois un désir d’absolu et des conditions concrètes limitées. L’intensité de la vie ne réside pas dans l’illusion de maintenir toutes les virtualités mais de savoir s’engager dans le réel et le concret pour avancer. Souffrir que la réalité est différente de l’image (imaginaire) que l’on s’était forgée. Ne pas prendre ses désirs pour la réalité. Accepter le monde tel qu’il est et non pas tel qu’on a pu le souhaiter et le rêver ?
Ces séparations nous auront permis de comprendre le sens de nos choix, de nos limites. Seul le point d’arrivée permettra de mesurer le chemin parcouru et comprendre, admettre, l’épreuve de la souffrance « après coup ». Il faut revisiter les expériences pour découvrir que les jonctions et fractures sont des passages où la souffrance a consolidé, soudé les morceaux épars de notre existence. Au terme du cheminement, l’expérience des ces séparations successives pourrait-elle éclairer la séparation de la mort ?
La souffrance, vue sous cet angle, éclaire le parcours de la vie des hommes, jalonné de séparations. La mort vue dans cette perspective ne pourrait-elle pas apparaître comme la dernière étape de la croissance ?

« Quand on donne la vie on donne la mort »

Extraits Jacques Piquet


  Être comme le sel qui, dans l’eau, fond et ne réapparaît plus.

Dicton Malgache


« Midi, minuit et nous » formons une machine

                     

 

SINISTRE

Quelle heure cogne aux membres de la coque
Ce grand coup d’ombre où craque notre sort ?
Quelle puissance impalpable entrechoque
Dans nos agrès des ossements de mort ?







Sur l’avant nu, l’écroulement des trombes
Lave l’odeur de la vie et du vin :
La mer élève et recreuse des tombes,
La même eau creuse et comble le ravin.




Homme hideux, en qui le cœur chavire,
Ivrogne étrange égaré sur la mer
Dont la nausée attachée au navire
Arrache à l’âme un désir de l’enfer,





Homme total, je tremble et je calcule,
Cerveau trop clair, capable du moment
Où, dans un phénomène minuscule,
Le temps se brise ainsi qu’un instrument...






Maudit soit-il le porc qui t’a gréée,
Arche pourrie en qui grouille le lest !
Dans tes fonds noirs, toute chose crée
Bat ton bois mort en dérive vers l’Est...






L’abîme et moi formons une machine
Qui jongle avec des souvenirs épars :
Je vois ma mère et mes tasses de Chine,
La putain grasse au seuil fauve des bars ;







Je vois le Christ amarré sur la vergue !...
Il danse à mort, sombrant avec les siens;
Son oeil sanglant m’éclaire cet exergue :
UN GRAND NAVIRE A PÉRI CORPS ET BIENS !

...Paul Valéry

 

                   

 

Minuit -« Quelle heure cogne....Ce grand coup d’ombre » A l’heure où cognent les coups de l’heure dernière, ce grand coup d’ombre amène en soi, l’erreur affective, l’exaltation aveuglée ou la claire résonance des coups portés sur l’épar (bau(ch)) des membrures de la coque.

Mystère
-« Quelle puissance impalpable ....des ossements de mort » Le mystère demeure toujours hors de portée.
« La vérité dernière qui est celle du flux éternel de toute chose ne supporte pas de nous être incorporée ». L’esprit humain conceptualise, avec les limites de sa pensée incluse dans la matière, en référence constante à l’alternance des successions de la dualité (esprit de la matière), une continuité dans l’alternance de la vie et la mort, dont il en déduit par analogie l’existence d’une autre forme de vie au delà de minuit. « midi, minuit, espoir spirituel » cet espoir qui ne serait que le produit d’une machine pensée, devenue une croyance dogmatique.

Unité
-« La même eau creuse et comble le ravin » Quoique l’on fasse, quelques soient les positions, les pôles , les réussites, nous partageons la même expérience de la naissance et de la mort, du jour et de la nuit.

Âme
-«  Arrache à l’âme un désir de l’enfer » Par désespoir l’être humain vendrait son âme, alors assujettie à l’esprit de la matière, en quête du désir terrestre, de l’immortalité, de l’exaltation affective et ne trouverait jamais la confiance dans l’étape de la mort séparation nécessaire aux humeurs, appétits de notre vie.

Temps
-« Le temps se brise.... » Le temps qui se brise n’est que l’ultime perception de notre existence dans la matière. Mais l’onde du temps qui supporte la matière et anime l’univers, se perpétue. Énergie qui se propage dans un océan de particules (pars) « élément un » inertes, l’onde du temps combinerait ces particules par excitation en une succession d’Éléments (92), base de notre matière. Pourrions nous y rajouter quelques qualités essentielles pour se tenir dans l’existence ? Dans les flammes des chandelles de la nuit en sagesse, force et beauté s’exprime ce que le temps est à la matière, une forme d’énergie, qui anime (Anima, Verbe) notre matière vivante et que nous réintégrerions au delà de notre mort, au delà de minuit, Union dans la Chaîne d’Énergie, « comme le sel qui, dans l’eau, fond et ne réapparaît plus ».

Renaissance
-« ....en dérive vers l’Est » Vers la lumière spirituelle au-delà de minuit, une autre vie..........un autre midi.

Fraternité
-« L’abîme et moi formons une machine » Les souvenirs épars dans le poème, mettent au même niveau l’expérience profane et l’expérience sacré. La mère, les tasses de chine, la putain grasse, le Christ sombrant avec les siens. Le sacré ne serait qu’une production de l’appareil psychique de l’homme. La morale, la mythologie et le symbolisme, émanations du sacré sont une forme de la matière, réaction de la prise de conscience par l’homme de sa dissolution dans la mort face au déterminisme de la matière. Le résultat de cette opposition, du profane et du sacré, du jour et de la nuit est cet abîme, incompréhensible, angoissant, où la pensée de l’homme intégrée dans le système matériel forme la machine. Ce qui est annoncé c’est que la vérité dans le sacré n’existe pas plus que dans le profane. Que la recherche dans cette opposition fait partie de la machinerie et que l’unité recherché, rassembler ce qui est épars, se trouve dans le partage en fraternité et amour, avec bienveillance, de cette expérience douloureuse, étape individuelle que nous franchissons les uns et les autres, vertige de contemplation de la Globalité où la Fraternité est l’ultime devoir de notre coexistence.


Un grand navire a péri corps et biens... dans la fraternité ?

 


 


Voyage entre « midi, minuit », ils cherchent... 
la philosophie d’avant minuit



Voyager, c'est la volonté de se mettre en mouvement. La volonté de s'initier. On ne peut s'initier qu'au travers des expériences des autres qui transmettent la trace de leur pensée. Et s'il on est initié, plus tard, à s'initier soi-même ce n'est pas pour autant que ce paradoxe dissout le voyage de l'initié. S'il oubliait de porter, avec qualité, le regard sur le mystère de la vie et tout ce qui s'y déploie, alors il ne s'initierait plus lui-même dans le voyage. C'est la qualité du regard que l'on porte sur les choses de " midi à minuit " qui enseigne.

Paroles…

Si tu regardes le maître comme un Bouddha, tu reçois l'enseignement du Bouddha.. Si tu le regardes comme un homme du commun, tu reçois l'enseignement du commun …

Un commentateur bouddhiste dit de la phrase précédente :
" Je crois que cela s'applique aussi parfaitement dans nos activités sacrées où nous sommes parfois trop critiques. Nous n'avons pas assez de dévotion à leur égard et, de ce fait, nous ne recevons pas ce qu'elles pourraient véritablement nous apporter... "

En utilisant cette évocation le commentateur, quoiqu'il semble sincère, ne voit-il pas le pli qu'il institue ? L'analogie faite avec la pratique des activités à caractère sacré opère un subtil recouvrement de sens par lequel il décrit " comment " ce disciple, en quête d'enseignement, devrait porter un regard plein de dévotion aux rituels sacrés et donc au maître du culte ? 

Dès lors que le sacré n'est qu'un espace de dévotion, nous retrouvons là toute l'ambiguïté de la prise de pouvoir par l'homme religieux sur l'authentique recherche métaphysique.


Qu'en est-il lorsqu'il s'agit d'un ordre militaire et religieux ?

Les ordres militaires, les ordres religieux ressemblent aux comportements des obsessionnels...
    - besoin d'accomplir des rites 
    - aux actes extrêmement codifiés 
    - régulièrement répétés
    - le soucis du détail aux dépens du sens fondamental
    - la croyance exaltée ou le symptôme hallucinatoire autour de la figure du père ou de la mère
l'expression même d'une névrose universelle et infantile de l'humanité...
Freud


Dans les mailles du rituel, du voyage, du symbolisme et de la métaphore se camoufle toujours la volonté de dominer de l'homme si partisan de dévotions spirituelles et sacrées. 

Par delà les traditions, comment l'initié va-t-il exprimer, l'intuition qu'il a du mystère, processus transcendantal qui émerge de sa nature humaine et de toutes ses pratiques spirituelles ?

 

             

                                                638. Le Voyageur.

Qui est parvenu, ne serait ce que dans une certaine mesure, à la liberté de la raison ne peut rien se sentir d’autre sur terre que voyageur, - pour un voyage, toutefois, qui ne tend pas vers un but dernier : car il n’y en a pas . Mais enfin, il regardera, les yeux ouverts à tout ce qui ce passe en vérité dans le monde ; aussi ne devra-t-il pas attacher trop fortement son cœur à rien de particulier ; il faut qu’il y ait aussi en lui une part vagabonde, dont le plaisir soit dans le changement et le passage. Sans doute, cet homme connaîtra les nuits mauvaises, où pris de lassitude, il trouvera fermée la porte de la ville qui devait lui offrir le repos ; peut-être qu’en outre, comme en Orient, le désert s’étendra jusqu’à cette porte, que les bêtes de proie y feront entendre leurs hurlements tantôt lointains, tantôt rapprochés, qu’un vent violent se lèvera, que des brigands lui déroberont ses bêtes de somme. Alors sans doute la nuit terrifiante sera pour lui un autre désert tombant sur le désert, et il se sentira le cœur las de tous les voyages. Et que le soleil matinal se lève, ardent comme une divinité de colère, que la ville s’ouvre, il verra peut-être sur les visages de ses habitants plus de désert encore, plus de saleté, de fourberie, d’insécurité que devant les portes - et le jour, à quelque chose près, sera pire que la nuit. Il se peut bien que tel soit à quelque moment le sort du voyageur ; mais pour le dédommager viennent ensuite les matins délicieux d’autres contrées, d’autres journées, où il voit dès la première lueur de l’aube les chœurs des Muses passer dans le brouillard des monts et le frôler de leurs danses, puis plus tard, serein, dans l’équilibre de son âme d’avant Midi, se promenant sous les arbres, tomber à ses pieds de leurs cimes et de leur vertes cachettes une pluie de choses bonnes et claires, présents de tous ces libres esprits qui hantent la montagne, la forêt et la solitude, et qui sont comme lui, à leur façon tantôt joyeuse, tantôt méditative, voyageurs et philosophes. Nés des mystères du premier matin, ils songent à ce qui peut donner au jour, entre le dixième et le douzième coup de l’horloge, un visage si pur, si pénétré de lumière, de sereine clarté qui le transfigure:
ils cherchent la philosophie d’avant Midi.
Nietzsche, Humain,trop humain II

 

             

             …ils cherchent la philosophie d'avant minuit

Mouvement vers Midi, vers Minuit , vers la liberté de la raison, contemplation par l'homme ésotérique de la matière, de l'art, de la Globalité, l'animation d'éléments " Un ", par le Verbe du Temps.

Marc REMY


Le dogme du non dogme

Erreur à aimer