En Atelier              

 

Résumé par              
Jean-Marie SIOARIS
       


Le mythe couvre t'il la vie intra-psychique ?

 


Paul DIEL
LE SYMBOLISME DANS
LA MYTHOLOGIE

L'exégèse mythologique, soucieuse de comprendre le sens des anciennes fabulations mythiques, leur trouve une signification du genre cosmique, météorologique et agraire. L'intérêt  historique de la mythologie permet de reconstituer les croyances, les institutions, les coutumes et les mœurs de ces anciens peuples, leur évolution cultuelle et culturelle, l'interdépendance des différentes cultures mythiques et les traits caractéristiques de chacune d'elles.

HYPOTHÈSE...

L'influence élémentaire exercée sur la vie terrestre par les évolutions astrales a dû impressionner les hommes primitifs. Cette impression subjuguante fut destinée à devenir décisive à l'époque où des tribus errantes de chasseurs et bergers commencèrent à se fixer et à s'amalgamer pour former des peuples agriculteurs, ce qui marque précisément le début de la création mythique. La dépendance de la régularité des phénomènes cosmiques et météorologiques incita les hommes (à peine sortis de l'ère pré-mythique et animiste ) par l'imagination affective, fonction prédominante de la psyché humaine, à y voir des forces intentionnelles, bienfaisantes ou hostiles. L'imagination affective et divagante de la primitivité de l'animisme et de l'allégorisme cosmique devient expressive et symbolisante. Elle devient capable de créer des symboles, c'est à dire des images à signification précise pour exprimer la destinée de l'homme.

Motifs enfouis

Bien que les motifs des actions humaines soient difficiles à déceler, ne se présentant pas à la perception sensorielle directe, à la différence des astres et de tous les autres objets et événements naturels, il faut admettre l'existence dans l'homme primitif d'une sorte d'observation intime capable, sinon de comprendre, du moins de pressentir les motifs qui sous-tendent les actions sensées et insensées.

Activité Pré-consciente

Dans le fonctionnement général de la psyché humaine cette observation est un phénomène biologiquement adaptatif, élémentaire et automatique comme l'instinct. Elle s'est substituée à la sûreté de l'instinct animal, car l'homme ne pourrait subsister s'il ne scrutait sans cesse l'intention de toute son activité, soit pour contrôler ses propres actions, soit pour projeter dans la psyché d'autrui les connaissances ainsi acquises à l'égard des motifs humains, afin d'interpréter à leur aide les intentions de ses semblables et de trouver ainsi le moyen de s'imposer ou de se défendre. Cette introspection obscure de ses propres motifs et l'introspection projective, l'interprétation des actions d'autrui, occupent la majeur partie de la vie humaine ; elles sont la préoccupation la plus constante de chaque homme et la raison la plus secrète de sa manière d'être et de sa façon d'agir.

 

 

L'introspection selon Paul Diel

Cette introspection se produit ordinairement au dessous du seuil du conscient (préconscient, subconscient,...sans s'en rendre compte). Surchargée d'affectivité aveuglante et subjective elle a perdu la sûreté de l'instinct sans accéder à la certitude de la pensée lucide et objective. Ne pouvant régresser vers l'instinct animal, l'homme pour s'orienter doit évoluer vers la lucidité de ses intentions secrètes. Mais dans son for intérieur il se réfugie dans l'affectivité pour justifier imaginativement les intentions insoutenables et falsifier ainsi les motifs. Ce caractère mensonger et déformant à son tour devient cause d'une honte secrète. L'émotivité qui s'oppose au mensonge vaniteux à l'égard de soi-même, la culpabilité, avertit de la rupture d'intégrité des motifs et s'attache aux actions déficientes qui découlent des motifs faussés. L'amour-propre cache, refoule cette culpabilité (les vrais motifs inavouables) se parant de motifs pleins d'une sublimité mensongère. Décomposer la culpabilité révèle la prévision obscure d'une orientation sensée de la vie. La spiritualisation, la prise de conscience du mensonge, son aveu amènent à sa dissolution.

La joie (harmonisation des motifs et des actions) ou l'angoisse coupable (rupture d'intégrité psychique, perte de joie) constituent une instance biologiquement adaptative évolutive activante et prévoyante à l'égard du fonctionnement sensé ou insensé du psychisme. De cette instance surconsciente émane la conceptualisation de l'idéal de joie et d'harmonie représenté par la figuration d'une image symbolique au sein du conscient.

L’homme... animal

L'homme se distingue de l'animal par la conscience dont la forme la plus évoluée est l'esprit. L'esprit est une voie évolutive destinée à adapter l'espèce humaine et chaque individu, non plus seulement aux nécessités urgentes (comme tente de le faire l'intellect utilitaire), mais au but lointain de la vie. L'esprit est une fonction plus clairvoyante que le conscient, une fonction surconsciente.

Ce dépassement du conscient primitif n'est pas encore généralement acquis par l'espèce : il est en voie de formation évolutive.

  

 

Psychopathie de l’introspection

Même la manifestation de vie la plus évoluée, l'esprit humain, ne peut définir ni déterminer la cause première de l'existence du monde.

Celle-ci est un " mystère"

Se révèle-t-elle à l'homme ? La cause première a-t-elle des intentions, des désirs ? L'esprit humain est il capable de recevoir une telle révélation sans la déformer, la dégrader en une compréhension inadéquate ? Et celle-ci ne peut être conceptualisée par l'homme, conforme à sa propre nature, qu'imparfaitement par un symbole, une image. Parler d'une cause première  et d'un mystère, c'est déjà s'exprimer d'une manière imagée car l'innommable, non appréhensible, n'est mystère que par rapport à l'esprit humain et les causes comme les intentions n'existent que dans le monde apparent. Une révélation explicite et surnaturelle est inabordable par l'esprit humain. Il faut donc se contenter d'interprétation implicite et naturelle. Tout concept métaphysique, expression au delà du tangible est de nature symbolique.

Le mystère de la vie inclut le mystère de la mort.

Le désir

Toutes les fonctions de la psyché, (inconscient, conscient, subconscient, surconscient), se laissent réduire au désir. Le désir est une forme évoluée du besoin biologique élémentaire qui anime toute vie. Toute joie est due à la satisfaction du besoin vital. A l'étape humaine où le besoin se trouve différencié, la joie ne peut être acquise que grâce à l'harmonisation des désirs multiples (matériels et sexuels). La souffrance a sa cause dans le désir insatisfait. Elle se définit comme contraste entre désir et réalité.

Le sens de la vie

Le sens de la vie est une forme de la réalité: il est la réalité idéelle, la vérité et celle-ci ne peut être saisie qu'imparfaitement. L'homme ne peut se mettre en harmonie avec le sens de la vie, que par l'entremise du désir spiritualisé (idée) et du désir sublimé (idéal). L'intellect et ses inventions utilitaires, révolté contre l'esprit d'harmonie, représente l'erreur imaginative à l'égard du sens de la vie Pour l'intellect exalté, isolé de l'esprit, la vision spirituelle, le mystère n'existent pas. En dépit de toutes ses inventions l'homme qui a perdu la direction évolutive ne peut remplacer par le progrès le sens de la vie.

La vie a des sources d'insuffisance et de souffrance trop profondes, trop tragiques, trop mystérieuses pour que le progrès puisse les écarter. Seule la joie qui résulte de la réalisation essentielle parvient à dissoudre, à sublimer l'effroi devant le mystère de la vie et donc de la mort. Rien ne sert de refouler l'effroi au lieu de le dissoudre sublimement, car c'est précisément le refoulement de l'effroi devant la mort qui devient la cause cachée de l'exaltation destructive des désirs insensés.

La représentation des objets désirés, au lieu d'être éclaircie et objectivée, devient de plus en plus subjective, imaginative. Le désir exalté ne correspondant plus à aucune réalité, donc à aucune possibilité de réalisation, n'ayant plus d'issue, il perd son essence même, l'espoir et alors il se charge de désespoir : il devient angoisse. L'angoisse est le désir sous une forme devenue négative, l'expression de la coulpe vitale.

Les symptômes pathologiques sont l'explosion active d'une fausse délibération, qui (subconsciemment obsédante) s'empare du soma et l'oblige à exprimer activement, mais symboliquement déguisés, les désirs inacceptables ou les angoisses refoulées.

L'exaltation des désirs

Il existe une autre déformation psychique plus répandue que l'irritation nerveuse : l'euphorie banale. Chaque désir est immédiatement contenté, aucun ne peut être retenu, aucune énergie évolutive, aucun travail de spiritualisation ou de sublimation. La psyché est dépourvue de toute animation. C'est la mort de l'âme, de l'élan animant. Cette exaltation des désirs matériels et sexuels, désorientation vitale, devient la banalisation.

L'individu atteint par l'exaltation imaginative ou matérielle entretient cet état par un phénomène d'auto-hypnose permanent plus ou moins prononcé. Pour combattre la déformation maladive de l'esprit, l'exaltation utilitaire ou imaginative doit être spiritualisée ou sublimée pour que l'homme puisse récupérer le calme qui lui permet de se pencher sans effroi ni exaltation sur la vérité essentielle de la vie qu'est le mystère et pour qu'il puisse en contempler sa manifestation légale, dans tous les faits et les phénomènes de la vie apparente.

 

 

La Mythologie - Psychologie

La sagesse…en représentation

Selon la sagesse commune à tous les mythes et à tous les peuples, la contemplation est la puissance suprême qui conduit vers la plénitude, car elle seule permet de ne plus vivre le monde sous forme d'obstacle. A la fois réalisation de l'idée et de l'idéal, elle est autant représentation objectivée, possession du monde par la vérité et en vérité, que possession sublime de soi, acceptation de tout ce qui est inchangeable, sans aucun résidu d'affectivité subjective qui pourrait se transformer en effroi devant la vie, en angoisse de regret, de rancoeur et de haine. Elle est l'amour étendu sur la vie sous toutes ses formes : la bonté.

C'est un des thèmes fondamentaux sinon le thème fondamental des mythes.

Analogie historique

L'immensité des phénomènes naturels contraste trop avec la courte durée de la vie de l'homme. L'âme primitive n'a pu éviter de se poser la question essentielle qui vise le mystère de l'existence : pourquoi vivre dans cette immensité, qu'advient-il de l'homme après la mort ?

Et comment se montrer digne de l'aide accordée par les éléments naturels dont le règne préside à la vie humaine. Ainsi s'ouvre à la contemplation, la métaphysique et à l'activité humaine, le plan moral ou l'éthique. L'aspiration de l'homme et la bienveillance de la nature divinisée fusionnent en une commune intention et ainsi, se rencontrant sur un même plan symbolique, les hommes en purifiant leur aspiration, peuvent atteindre l'idéal représenté par la divinité. Le héros vainqueur est élevé au rang de la divinité et la divinité peut prendre figure d'homme. Les anciennes représentations des divinités astrales sont devenues l'image idéalisée de l'âme humaine et de ses qualités.

Le sens du symbole

La signification symbolique qui se substitue au sens allégorique est d'ordre psychologique du fait qu'elle sous-tend l'activité intentionnelle des divinités anthropomorphisées. Les intentions symboliques des divinités n'étant que la projection des intentions réelles de l'homme, celui-ci se trouve invité par son combat héroïque à participer à la lutte que mène pour son bien-être les divinités bienveillantes. Les besoins de l'homme, pour être en accord avec les intentions idéales dont le symbole est la divinité, ne concernent plus les utilités extérieures de la vie mais de plus en plus la satisfaction essentielle, l'orientation sensée de la vie humaine : la discipline dans l'activité et l'harmonie des désirs.

Le sens des conflits

Cette satisfaction, cette joie, don ultime de la divinité, est déterminée par les intentions, par les désirs les plus secrets dont la divinité devient le juge symbolique : récompense ou châtiment. La purification des intentions, cause d'actions justes, est imaginée comme récompensée par la divinité. Les intentions impures, actions injustes, provoquent l'hostilité de l'homme envers l'homme, maux terrestres envoyés comme châtiments par la divinité. Les intentions impures sont figurées par des monstres que l'homme héros doit combattre. Ainsi la figuration mythique a fini par exprimer les conflits réels et intrapsychiques de l'âme humaine.

Les thèmes mythiques

Le thème mythique, en comprenant le fonctionnement malsain du psychisme comme une déviation par rapport au sens de la vie, est nécessairement apparenté au problème psychothérapeutique. Les mythes selon leur sens caché, traitent de deux thèmes : la cause première de la vie (le thème métaphysique) et la conduite sensée de la vie (le thème éthique).

La création, symbolisation métaphysique

Les mythes très divers de la "création", si différents qu'ils soient selon la fable, sont identiques suivant le sens caché. Ils parlent tous d'une manière imagée de la cause première.

Le mythe conceptualise la cause première sous la forme d'un esprit absolu "divinité-créatrice". La tâche essentielle de l'être humain est de remplir le sens de la vie, de développer sa qualité suprême en se spiritualisant, de devenir conforme à l'image de l'esprit absolu. Cette tâche apparaît donc comme imposée par la divinité.

Le combat, symbolisation éthique

Il s'y ajoute une autre symbolisation plus variable. Le monstre séduisant symbolise l'imagination erronée et exaltée des désirs qu'il doit combattre avec les armes symboliques prêtées par la divinité. Ces symboles représentent toutes les fonctions psychiques. L'homme doit combattre les tentations de l'affectivité aveugle (le fonctionnement malsain, la déformation maladive) le détournant de l'effort essentiel (la discipline, la maîtrise de soi, la loi divine, fondement de la vie). Les combats héroïques des mythes concrétisent les aventures essentielles de chaque vie humaine, qui sont constituées par les voies de spiritualisation, sublimation ou de pervertissement. Ces aventures mythiques dans leur ensemble ne sont rien d'autre que la vie psychique, ses manifestations, ses phénomènes.

Projections... 

Le mythe figure de ce fait le tourment angoissé qui accompagne l’égarement comme un châtiment infligé par l'esprit symboliquement personnifié : la divinité. 

La création du symptôme psychopathique et la création du mythe sont des projections extra-conscientes de nature symbolisante. Les mythes sont des images-guides destinées à influencer sublimement la délibération intime et à préparer ainsi l'activité sensée.