En Atelier              

  

                               Par Marc REMY

En droitier...
pour un vol de gaucher

En ordre d'apprenti nous sommes lanceur d'équerre de droitier, mais lorsque que nous sommes projetés dans le rituel c'est comme une équerre de gaucher que nous évoluons. Dans le cycle du soleil, le souffle de lumière provient de trois fenêtres. Ce vent permettra-t-il au vol de l'initié de s'y déployer ?
  

 



Les trois fenêtres de l'atelier sont grillagées pour nous protéger du monde profane. Rien ne spécifie qu'elles soient obturées (1). Une fenêtre grillagée qui peut être ouvragée comme une rosace de pierre. Une grille... de lecture, d'un officier qui en contrôle la construction. Un artisan qui façonne par un découpage quelquefois savant, un entrelacs de motifs qui impressionnera dans le secteur lumineux déployé, une mosaïque aux motifs d'une dentelle de pierre. 

 


La genèse… d'un temple

Dans Dans la carrière du jour s'établit dans notre temple un souffle lumineux qui s'infiltre tour à tour par les trois fenêtres. L'équerre au début de son vol, projetée à 45° degré à gauche de la direction du vent issu de la fenêtre de l'orient, effectue un vol en tous points conforme à celui d'un boomerang de gaucher. Lorsqu'il passe à la perpendiculaire de la direction du flux, le vent lumineux contracte alors légèrement le rayon de courbure enclenché par la précession gyroscopique. L'officier qui est en charge de la fenêtre d'orient régulera le vent-lumière en ajoutant les nouveaux entrelacs aux motifs de la sculpture de cette grille de lecture. Elle projettera une mosaïque d'ombres et de lumières dans le secteur en aval. L'artisan officier qui sculpte, tout en contrôlant son geste, doit laisser libre cours à l'inspiration, aux flux inconscients. 
 

 

 

Laisser les métaux à la porte du temple (1), symbole de vigilance, recommandation pour éviter les conflits, doit savoir s'accorder avec la non moins nécessaire faculté à renouveler les grilles, par trop académiques, en des turbulences motrices pour l'effort de conciliation. Mosaïque tournoyante entre contrôle de la raison et forces surréelles, une tradition ésotérique ?


(1) Les célèbres expériences du professeur Laborit ont piégés dans une même cage grillagée, une population de rats, soumis à un courant électrique, déclenché de façon aléatoire plusieurs fois par minute. A chacune des impulsions, chacun d'entre eux réagit avec violence dans une bagarre collective pour alléger son stress sur ses compagnons d'infortune. En effet, dans l'incapacité de comprendre ce qu'ils subissent, ils imputent à l'autre la responsabilité de la douleur. Une hiérarchie de dominants et de dominés se constitue, et chose surprenante, malgré l'institution d'un rang hiérarchique, tous les membres restent en bonne santé. Un seul de ces individus, voire le plus fort d'entre eux, isolé et soumis au même traitement, retourne alors contre lui-même la violence habituellement déversé sur un autre et en meurt à plus ou moins brève échéance. Nous pouvons, par analogie, observer que dans la plupart des groupes, même lorsqu'ils se constituent pour faire face à l'adversité, la dynamique du combat devient nécessité. Est-ce de l'incapacité à donner du sens au mystère de la vie ? Voudrait on, pour se protéger du combat collectif, se fabriquer une carapace protectrice solide comme du métal, qu'elle ne serait encore qu'une autre cage, elle-même soumise à la pulsion d'un individu isolé qui retourne alors contre lui même la violence habituellement déversée sur un autre. Tel est notre sort ?
La violence ritualisée nous permettrait elle d'y échapper ?

Du Professeur Laborit à lire La nouvelle grille, L'éloge de la fuite


La lumière… un souffle

Dans cette spéculation, la vitesse de l'équerre (que nous sommes en tenue) évoluera au rythme de la course du soleil. Alors que dans le cas d'un vol de boomerang, la courbure du rayon reste stable durant le trajet , la boucle que l'équerre effectuera, se contractera à perpendiculaire de la fenêtre de midi par le vent solaire, dans cette deuxième source de midi. Variations dans notre temple d'un flux renouvelé, par la succession des ouvertures. Rituel qui régénère les conditions d'un souffle lumineux sur le parcours initiatique. Ainsi l'équerre pourra jouer son rôle de médiation, de mélangeur d'ombres et de lumières en forces de portance. 

Qu'indiquent le secteur lumineux et l'ensemble des outils éclairés ? L'Ajustement d'une pierre dans un mur pour combler les interstices ou l'aménagement d'ouvertures pour favoriser la circulation du souffle ? L'émergence d'une pensée qui doit être sans cesse associée à de nouvelles émotions.

 

 

Car il s'agit bien plus d'expérimenter en tant que médiateur que d'intellectualiser un savoir théorique. Une raison empirique, pour comprendre et ressentir en émotion les effets de seuil (2) d'une expérience.

Ressentir avant de comprendre pour comprendre avant de refaire. Ainsi pourrons nous savoir avant de croire ? Une ambition de constructeur qu'il faut entretenir comme l'esprit, le souffle de connaissance qui entretient une âtre dans la carrière de l'initiation.


(2) Nous sommes piégés dans une autre cage, la matière et le temps dont nous ne percevons qu'avec mystère la finalité du verbe de la nature. Un appareillage culturel humain qui déguise et masque nos comportements bien souvent rustres et primitifs, panoplies qui travestissent la violence de base. Toujours existante, dans les mailles hiérarchiques du système, l'ambition dominatrice. Une société entière dont le rituel hypnotique, en quête de désirs, reste la compétition qui fabrique pour un premier, une société de seconds, absorbés à rêver de parvenir un jour au statut tant envié. La tension qui s'instaure a besoin d'être évacuée lorsque le combat ou la colère est au paroxysme et pourrait devenir irréparable. Dès lors la structuration d'une morale et d'un semblant de justice consensuelle atténue les dérives possibles de violence généralisée. C'est ainsi, en administrant la violence ou en la dirigeant sur une victime bouc émissaire, que la collectivité se maintient en bonne santé. Est-ce une ambition ? Une société au masque dominateur dans laquelle est ritualisé le sacrifice salvateur ? Ne sommes nous pas capable de le sublimer, de le transformer, leurs faire confiance… pour se faire confiance ? La fenêtre de midi proposé par le second surveillant permettra-t-elle de rectifier l'ouvrier, en humaniste sculpteur d'une matière comme la fraternité ? 

De René Girard à lire La violence et le Sacré

 

Fere Alter… l'autre

Le parcours de l'équerre, soumis aux influences des deux premières fenêtres s'est resserré. Lorsque la trajectoire de la boucle est à la perpendiculaire de la fenêtre d'occident, elle s'en trouve à nouveau contractée. Dans le flux solaire de l'occident, le souffle s'amenuise à mesure que les rayons se font déclinant. De quel horizon tenir compte pour ne pas tomber dans l'exaltation des aspirations à court terme, pour apprendre à moyen terme le détachement du déclin. Accepter l'épreuve de l'abandon de la répétition de la satisfaction, récompense qui ne supplée plus au sens à donner au mystère de la vie. 


Il y a un temps lorsqu'au milieu du vol la quête de valorisation n'apportant plus autant de satisfaction, l'homme de sagesse peut enfin se consacrer au travail des lumières d'occident. Une marche qui semble rebrousser chemin sur les objectifs que l'homme en début de carrière s'était fixé. Abandonner le vieil homme aux jeunes aspirations, pour l'homme nouveau qui substitue à la volonté de puissance, la volonté de fraternité (3). 

 

Elle n'est plus repli nihiliste qui asphyxie la force du vouloir vivre, mais volonté du vouloir mourir de l'homme de désir, perspective pour admettre, avec sincérité, les intentions préconscientes initiales qui nous motivent et nous gouvernent aveuglément. Pour accepter un chemin (autre) plus désintéressé qui à partir de l'occident s'orientera.


(3) La production d'un degré de compréhension plus abouti permet à l'être humain d'inventer dans les limites de son acuité une attitude qui s'élève dans la hiérarchie. Ne pas se battre pour vaincre ses adversaires mais se réguler et se dominer afin de sublimer, de transformer son évolution vers des aspirations plus élevées. Si sacrifice d'une victime bouc émissaire il doit y avoir dans le rituel pour absoudre la violence, n'est ce pas le sacrifice de sa propre vanité ? Dissolution de l'exaltation vaniteuse afin d'apporter compassion, bienveillance et confiance. Accepter au grade de cette grille symbolique de dégrader et sacrifier ce qu'il y a de plus aveuglant pour notre fraternité: la vaniteuse compétition pourvoyeuse d'ambitions. 

De Paul Diel lire Psychologie de la motivation


 

 



Par le trois…le cinq

La superposition exacte des extrémités de chacun des secteurs éclairés par les trois fenêtres, en révèlera deux Autres, sources lumineuses en écho, en miroir pour constituer les cinq points d'une étoile en réverbération continuelle.

Autre Temps

Le Le temps s'est il arrêté parce que le soleil s'est couché ? Ainsi les deux échos, des deux miroirs du frère surveillant et du frère hospitalier, complètent-ils les trois fenêtres. Réverbérations intérieures qui, lorsque l'équerre passera en perpendiculaire, fléchiront par le souffle l'arc de courbure. Le trajet déjà accompli dans des lumières solaires se continuera dans une lumière réfléchie par les miroirs. La décroissance de la lumière s'adaptera en proportion à celle de la vitesse de l'équerre en fin de parcours, et comme avec le boomerang l'autorotation entretiendra le vol, en conjuguant les forces emmagasinées dans la spirale engagée.

Autre escalier

L'équerre ainsi stabilisée, descend lentement, comme dans un escalier en colimaçon autour de la verticale, grâce aux influences du plus expérimenté, le frère hospitalier. Lorsque l'équerre se posera cela se fera au faîte du toit du temple, car dans le même temps où la courbure de la spirale se fléchissait l'initié entamait une ascension progressive par les marches de l'enseignement d'une étoile à cinq branches.

 

Un ajustement…de lumière

La jonction des secteurs lumineux de la fenêtre d'orient et de la fenêtre de midi créeront, en se synchronisant, une quatrième source de lumière issue d'un miroir contrôlé par le premier surveillant coordonnant la vision d'orient à celle de midi. Cette première coopération entre les fenêtres génère une première marche qu'empruntera l'initié au départ de son vol.
Marche 1

 

La troisième fenêtre du couchant contribue à son tour, en se synchronisant avec la fenêtre de midi, à révéler une cinquième source de lumière. L'Hospitalier contrôlera les filets lumineux du couchant associés de celles de midi. 
Marche 2

 

 

Les lumières du couvreur, associé au miroir du premier surveillant éclairé par les lumières du second rappelleront que la lumière d'orient appelle à l'occident. 
Marche 3

 

 

 

 

La conjonction des deux miroirs du premier surveillant et de l'hospitalier… indique que la lumière de midi appelle au septentrion, fondements du second surveillant ? 
Marche 4

 

 

 

 

 

Enfin, c'est la conjugaison des reflets du miroir de l'hospitalier à la perpendiculaire de ceux du vénérable qui fixera les réelles ambitions au couchant des travaux d'un atelier, la fraternité. 
Une cinquième marche.





A partir des trois premiers secteurs lumineux l'initié entrevoit le cinq comme une nouvelle étape dans son parcours initiatique, parcours dont le symbole est une étoile de filets de lumières dont la réflexion constitue les marches d'un enseignement flamboyant.

Autre Vol

Dans ce nouveau système de valeur la synchronisation des extrémités de chacun des trois secteurs éclairés aura généré les cinq branches d'une étoile constituant les cinq marches d'un escalier que gravit l'initié en s'enroulant en colimaçon, autour du pentagone central, dans l'ascension en lui même de la réflexion de la lumière. A partir du cinq il rayonnera.

" la recherche d’une orientation (méthode d’essais et d’erreurs), évolution qui consiste à transformer l’impatience de l’excitation retenue en patience voulue (sublimation), et à transformer le réflexe en réflexion"Paul Diel 

 

Par le cinq…un tablier

Chacune des grilles des fenêtres est finement ciselée comme une dentelle de pierre. De chacun des secteurs une mosaïque d'ombres et de lumières s'organise en se croisant au centre de l'étoile. Ce centre pentagone, lui-même synthèse des reflets issus des trois fenêtres et des miroirs, forme une mosaïque révélée par la carrière de la lumière de jour et de nuit.

 

 

 

 

 

 

 


 Marc REMY